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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 08:45

We need to talk about Kevin, réalisé par Lynne Ramsay, est un film adapté du roman éponyme de Lionel Shriver (que je ne connais pas), et qui a été sélectionné au Festival de Cannes cette année.

 

we-need-to-talk-about-kevin.jpg

 

Le film, construit en flash-back, suit Eva (interprétée par l'impressionnante Tilda Swinton) et raconte l'histoire de son point de vue.

 

J'ai trouvé le film assez terrifiant, une longue descente aux enfers pour le personnage comme pour le spectateur. Bien sûr, dès le début du film, on sait qu'il s'est passé quelque chose de grave, mais on n'en saisit l'ampleur que sur les dernières images du film.

 

Eva a épousé Franklin, et ensemble ils ont deux enfants : Kevin, l'aîné, et Celia, son adorable petite soeur blonde. Dès sa naissance, l'arrivée de Kevin perturbe Eva.

 

baby-kevin-and-eva.jpg

 

Ses cris incessants et son incapacité à le calmer (incroyable, cette scène où le bruit d'un marteau-piqueur semble la soulager et la reposer) l'épuisent et cette forme d'antipathie (le mot est fort mais correspond à l'impression que l'ensemble m'a laissé!) va marquer cette relation. Sans parler de son mari, rarement présent (du moins à l'image !)...

Tilda-Swinton--landau--we-need-to-talk-about-kevin.jpg

 

Et cela ne va pas s'arranger... L'enfant ne parle pas (ou pourrait penser Eva refuse de parler ?), n'est pas propre (ou le refuse, là encore) et porte des couches à un âge où les enfants de son âge les ont abandonnées depuis longtemps... Puis il devient violent et s'oppose systématiquement à sa mère dans une lutte quasi continuelle. Seul instant de répit, c'est la maladie de Kevin pendant laquelle Eva semble toucher du doigt le rôle de maman qu'elle fantasme : serrer son enfant dans ses bras et lui lire une histoire... mais même cette histoire là ne sera pas anodine pour la suite des événements... Kevin, manipulateur (c'est le sentiment que l'on a par les yeux de sa mère), semble un enfant modèle pour son père qui refuse d'écouter sa femme, ou même d'essayer de la comprendre ou de se mettre à sa place. Le personnage est d'ailleurs effacé et paraît mou.

 

Kevin-and-Eva.jpg

Il me faut souligner là un aspect qui me paraît important: en effet, comme je le disais plus haut, l'histoire est racontée du point de vue d'Eva, et les événements de la relation mère-fils sont également, semble-t-il, sont ceux qui l'ont marquée elle. Ceux-ci sont interprétés à l'aune de ce qui se passe par la suite. Ainsi, j'avais le sentiment (mais peut-être est-ce une perception totalement subjective et personnelle) qu'Eva regarde son fils non pas avec bienveillance mais inquiétude et interrogation, qu'elle le rend responsable dès sa petite enfance de ne pas lui rendre la vie normale, de chercher à contrarier coûte que coûte, à manipuler son entourage (le père de Kevin, les médecins, etc.). Si l'histoire avait été racontée du point de vue du mari, de Kevin ou de sa petite soeur, chacun de ces récits aurait raconté une histoire bien différente !

 

special-wall.jpg

 

Le montage est très découpé, il y a beaucoup d'effets visuels (flous, gros plans, plans assez courts...) et de dialogues dans les couleurs : le rouge domine violemment le film, c'est son fil conducteur, du rouge des tomates du début, au rouge du sang, de la confiture de fraise, des lumières, des lettres de l'agence de voyage dans laquelle Eva retrouve un job, et même de l'ours en peluche.


we-need-to-talk-about-kevin--maison-rouge.jpg

 

Ce film interpelle et nous rappelle les tragédies qui se sont produites notamment aux Etats-Unis (il faudrait vraiment que je vois Elephant de Gus Van Sant pour comparer l'approche). C'est un film très perturbant et nous fait nous poser de nombreuses questions : pourquoi ce gamin est-il dans l'opposition avec sa mère particulièrement, et pourquoi tout se passe bien avec sa soeur ? est-ce sa nature ? est-ce son éducation ? est-ce la faute de quelqu'un ?


Tilda Swinton impressionne (quel caméléon, cette actrice !) dans le rôle de cette mère - elle aurait tout à fait pu recevoir le prix d'interprétation féminine de Cannes, d'ailleurs. A voir son visage ou son expression et sa tenue, on se repère dans la chronologie : on la rencontre dans les premières images le visage décomposé, on sent qu'elle ne prend pas soin d'elle, qu'un malheur lui est arrivé, un poids qui lui pèse et qui lui fait fuir les personnes autour d'elle, qui la fait accepter les gifles (au sens propre) sans discuter.

 

Tilda-Swinton--we-need-to-talk-about-kevin.jpg

 

Puis les flash-back nous ramènent à plusieurs époques : quand, très élégante, elle travaille, cheveux courts, maquillée. Ou lors de la naissance de son fils, où son visage est défait. Ou encore lorsque Kevin grandit, et que son visage se ferme, s'interroge sur ce fils, ce monstre qu'elle a créé. Enfin quand la douleur et la compréhension se peignent sur ses traits lors de la tragédie.


Les trois jeunes acteurs qui interprètent Kevin sont aussi particulièrement bien choisi (le plus âgé, Ezra Miller, excelle à être à la fois gueule d'ange et ado insupportable et malsain).

 

Celia-and-Kevin.jpg


Si j'ai été impressionnée par le film (je l'ai vu récemment, je pense que j'ai besoin de recul pour affiner mes impressions), je ne peux pas dire que je l'ai vraiment aimé : le montage est très marqué (beaucoup de flash-back), et cette relation mère/fils est très stylisée quasi à l'excès ... mais c'est aussi ce qui renforce le sentiment de malaise qui s'instille en nous, spectateurs, tout au long du film. Et rien que pour ça, c'est réussi.

 

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Published by Artemis - dans Au ciné...
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