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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 22:38

Sarn, écrit par Mary Webb et publié en 1924, est un roman anglais inoubliable.

Sarn--Mary-Webb-jpg

 

Difficile de présenter ce roman, qui nous emmène dans la campagne anglaise, près de l'étang noir de Sarn, dans la famille Sarn. C'est Prue Sarn qui nous raconte l'histoire de sa famille : elle qui est est défigurée par un bec de lièvre et dont les croyances locales la considèrent de ce fait comme maudite. Elle nous raconte son frère Gédéon qu'elle admire, respecte et à qui elle jure obéissance à la mort de son père. Ce frère si courageux qui veut sortir sa famille de la pauvreté et pendant des années travaille et entraîne sa soeur dans travaux fatiguants qu'il pleuve ou qu'il neige, mais ce frère si implacable et si froid à la fois.

C'était un homme fort, ce qui parfois veut dire peu porté à la bonté; car pour être bon il faut souvent se détourner de son chemin. Aussi, quand on me parle de tel grand homme ou de tel autre, je me dis : "S'il a trouvé le temps de monter si haut, qui a été privé de joie pour sa gloire ? Sur combien de vieillards et d'enfants les roues de son coche ont-elles passé ? A quelles noces sa chanson a-t-elle manqué, et ses larmes, à quels affligés ?"

Millet-les-planteurs-de-pommes-de-terre.jpg

Elle nous raconte aussi l'amour que Jancis Beguildy éprouve pour son frère, frère qui refuse de l'épouser avant de s'être enrichi. Comment le père de Jancis, considéré comme un sorcier par tous, lui apprend à écrire et comment elle trouve son refuge au grenier où elle note ses pensées dans un carnet.

Elle nous raconte le quotidien du travail aux champs, le rythme des récoltes, le marché où il faut vendre les produits.

Jean-Francois_Millet--glaneuses.jpg

C'est l'histoire de la nature et des saisons qui passent. C'est la poésie des choses simples qui sont.

En vérité, il n'est pas un arbre ni un buisson, une fleurette ni un brin de mousse, une herbe douce ou amère, un oiseau sillonnant le ciel, un ver labourant le sol, il n'est pas un animal poursuivant sa pénible tâche qui ne soit pour nous une énigme insoluble. Nous ne savons ce qu'ils font, et ce grand univers qui nous paraît si paisible a l'immobilité de la toupie qui semble calme à cause de sa rapidité même. Mais pour quelle raison tourne-t-il, et que faisons-nous tous dans cette stabilité vertigineuse ? Nous l'ignorons.

C'est aussi une magnifique histoire d'amour. Voici ce qu'elle dit de la voix de l'homme qu'elle aime secrètement, Kester :

Sa voix avait toujours quelque chose de prodigieux. Le son de ses paroles semblait créer un monde tout neuf, détaché de notre monde. C'était comme une grande aubépine en fleur par une très chaude journée de juin ; elle vous offrait son ombre et vous étiez reposé. Et c'était aussi comme le feu tranquille d'un soir d'hiver, quand le sauvage Edric est lâché dans les bois, que les rideaux sont clos, les chandelles mouchées, et que le maître de la maison est revenu. "Qui est-ce ? " avait-il dit, et bien que ce ne fût là qu'une pensée fugitive et trois mots, je me sentais comme une fleur dans le soleil.

Et Prue est héroïne qui est d'un courage et d'une force rares. Car ce roman n'est pas juste une ode à la nature. Elle doit se battre face à son frère qui est implacable et ne voit que par l'objectif qu'il s'est fixé, même si cela implique des sacrifices pour sa soeur ou sa mère malade. Elle doit se battre contre tous ceux qui l'insultent. Se battre pour exister, pour avoir le droit d'aimer même si ce n'est pas en retour.

Elle nous raconte aussi la vie des ces villages, les cérémonies et fêtes qui s'y déroulent, des plus joyeuses aux plus révoltantes (pour Prue, en tout cas), comme ce combat d'un jeune taureau contre une meute de chiens.

Je voyais le petit taureau blanc, attaché à un anneau fixé au mur de l'arène qui formait un demi-cercle de pierre grise. Tout était enveloppé d'un beau soleil doré comme sont les abeilles dans leur gâteau de miel, et l'air bleu, l'eau brune, la prairie verte faisaient un ensemble si joli que je ne voulais pas croire que le sang pu couler par une si belle journée. Je me demande parfois si le temps était beau et clair sur le Golgotha quand Marie leva les yeux sur la croix, si un petit oiseau chantait et si les abeilles étaient affairées dans le trèfle. Oui, je crois que le temps était aussi limpide et aussi brillant que du verre, car aucune amertume ne manqua à cette coupe, et est-il rien de plsu amer que d'assister à la cruauté des hommes par un beau matin plein de grâce ?


Comment vous dire à quel point cette écriture m'a touchée... C'est un roman magnifique, hors du temps, d'une beauté incroyable.

constable.jpg

Voici les références des illustrations :

1. Millet, Des planteur de pommes de terre, 1862

2. Millet, Des glaneuses, 1857.

3. Constable, The white horse, 1819

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Published by Artemis - dans Lire - lire - lire
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commentaires

isleene 06/10/2010 12:16


Je ne connais pas du tout. Mais je retiens, ta description m'a l'air très intéressante. Je vais jeter un coup d'oeil au livre :)


Artemis 23/10/2010 16:47



Je te le recommende vivement !!! J'espère qu'il te plaira :)



Claire 20/09/2010 21:35


Excellent choix d'illustrations Artémis!!
Merci pour ce brillant billet!!
Je dois dire que je partage ton enthousiasme, ce roman a été plus qu'un coup de coeur pour moi!! Un réel bonheur de lecture, comme on n'en connait qu'une poignée dans une vie...


Artemis 23/10/2010 16:47



Merci ma chère Claire !



KittKat 13/09/2010 09:32


J'avoue avoir eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire à ma première lecture, en partie à cause de la traduction française. Par contre je l'ai relu plus tard en anglais et là j'ai complètement
adhéré à l'histoire ^^


Artemis 23/10/2010 16:46



J'ai eu aussi un petit peu de mal à entrer dans l'histoire, mais heureusement j'étais en vacances et ai pu donner sa chance à ce roman, qui est sûrement un de mes préférés de l'année !



Annwvyn 11/09/2010 16:33


Depuis que je suis inscrite The Inn, je suis tentée par Sarn (sans doute à cause de Muezza). Mais je dois dire que ton billet m'a convaincue ! J'adore les extraits que tu cites (et les
illustrations sont parfaites !). Je crois que je vais me laisser tenter ! Merci Artemis !


Artemis 12/09/2010 10:20



Merci Annwvyn ! Je te conseille vraiment de te laisser tenter, ce livre vaut le détour !