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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 16:02
Un roman court mais très intense, au style sublime.

Publié en 1927, La Confusion des Sentiments est le deuxième récit de Zweig que je lis (après Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, qui m'a aussi beaucoup marqué, et dont je parlerai probablement sous peu).


confusion-des-sentiments.jpg

Je dois avouer que j'ai eu du mal à entrer dans ce livre. Le début, qui sert à présenter le narrateur m'a paru un peu ennuyeux au premier abord. Ainsi, il nous montre un professeur de 60 ans, qui vient de recevoir un livre d'hommage de la part de ses étudiants, livre faisant office de biographie. Mais voilà...dans cet ouvrage censé regrouper le parcours complet du professeur manque l'homme à qui il doit tout :

"Tout y est vrai, seul y manque l'essentiel. Il me décrit, mais sans parvenir jusqu'à mon être. Il parle de moi sans révéler ce que je suis."

Alors on replonge dans la jeunesse de ce professeur, qui va nous emmener à la rencontre de l'homme qui va devenir son mentor.
A Berlin, le jeune homme, Roland, mène une vie dissipée. Inscrit à l'université, il ne se passionne guère pour les cours...

"Lors de mon premier, et bref, passage dans un amphithéâtre, l'atmosphère viciée, l'exposé monotone comme celui d'un pasteur et en même temps ampoulé, m'accablèrent déjà d'une telle lassitude que je dus faire effort pour ne pas m'endormir sur le banc. C'était là encore l'école à laquelle je croyais avoir heureusement échappé, c'était la salle de classe que je retrouvais là, avec sa chaire surélevée et avec les puérilités d'une critique faite de vétilles : malgré moi, il me semblait que c'était du sable qui coulait hors des lèves à peine ouvertes du "Conseiller Honoraire" qui professait là - tant étaient usées et monotones les paroles ressassées d'un cours, qui s'égrenaient dans l'air épais. Le soupçon, déjà sensible au temps de l'école, d'être tombé dans une morgue pour cadavres de l'esprit, où des mains indifférentes s'agitaient autour des morts en les disséquant, se renouvelait odieusement dans ce laboratoire où l'alexandrinisme devenu depuis longtemps une antiquaille."

Oh oui, il semble bien que Roland n'était guère passionné par ses débuts à l'université de Berlin, dans lequel il fait l'expérience de la liberté. Un jour cependant, son père arrive à Berlin sans le prévenir... Le changement s'annonce. Roland prend conscience de son comportement  ; sans que son père ouvre la bouche, la honte le saisit. Il part alors dans une université reculée d'Allemagne, pour son deuxième semestre, bien décidé à se remettre à étudier sérieusement et rattraper son retard. Voici le passage où le jeune héros entend pour la première fois celui qui va devenir son mentor faire cours :

" Jamais je n'avais vu pareille chose, un discours qui était tout extase, un exposé passionné comme un phénomène élémentaire, et ce qu'il y avait là d'inattendu pour moi m'obligea tout à coup à m'avancer. Sans savoir pourquoi je bougeais, hypnotiquement attiré par une puissance qui était plus forte que la simple curiosité, d'un pas automatique comme celui des somnambules, je me trouvai poussé comme par magie vers ce cercle étroit : inconsciemment, je fus soudain à dix pouces de l'orateur et au milieu des autres, qui de leur côté étaient trop fascinés pour m'apercevoir, moi ou n'importe quoi. J'étais emporté par le flot du discours, entraîné par son jaillissement, sans même savoir quelle en était l'origine : sans doute l'un des étudiants avait-il célébré Shakespeare comme un phénomène météorique, et alors cet homme, au milieu d'eux, mettait toute son âme à montrer que ce poète n'était que l'expression la plus puissante, le témoignage spirituel de toute une génération, - l'expression sensible d'une époque devenue passionnée. "

Voici un passage sur l'ambiguïté des sentiments, la "confusion des sentiments" du personnage principal :

" Ce chaud et froid, cette alternance d'affabilité cordiale et de rebuffades déplaisantes troublait complètement mes sentiments trop vifs, qui désiraient ... Non, jamais je n'aurais pu formuler nettement ce qu'à vrai dire je désirais, ce à quoi j'aspirais, ce que je réclamais, ce à quoi visaient mes efforts, quelle marque d'intérêt j'espérais obtenir par mon enthousiaste dévouement. Car, lorsqu'une passion amoureuse, même très pure, est tournée vers une femme, elle aspire malgré tout inconsciemment à un accomplissement charnel : dans la possession physique, la nature inventive lui présente une forme d'union accomplie ; mais une passion de l'esprit, surgissant entre deux hommes, à quelle réalisation va-t-elle prétendre, elle qui est irréalisable ? Sans répit elle tourne autour de la personne adorée, flambant toujours d'une nouvelle extase et jamais calmée par un don suprême. Son flux est incessant, et pourtant jamais elle ne peut se donner libre cours, éternellement insatisfaite, comme l'est toujours l'esprit. "

J'aime aussi beaucoup les passages où Zweig parle de Shakespeare et son époque via la voix du vieux professeur. On sent le feu de la passion qui l'anime lorsqu'il en parle, son enthousiasme, l'envie de convaincre et de transmettre ses connaissances, d'en découvrir plus sur cette période et son côté exceptionnel, extraordinaire de cette époque élizabethaine.


Un livre que je recommande à tous !
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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 11:57
Premier Henry James que je lisais, cette nouvelle de 1898 est perturbante, inquiétante. L'auteur nous manipule avec une incroyable aisance tout au long de ces pages, laissant le mystère s'épaissir et le lecteur s'interroger...

tour-d-ecrou.JPGCouverture : tableau de John Singer Sargent, Les Enfants Pailleron, 1881


C'est l'histoire d'une jeune femme qui accepte
une situation de gouvernante dans une maison de la campagne anglaise, avec deux enfants orphelins à charge. Plusieurs années après les aventures qu'elle va rencontrer dans cette campagne, elle va être chargée de l'éducation d'une autre jeune fille ; c'est le frère de cette dernière qui est le narrateur. En effet, peu avant de mourir, elle lui confia, au nom de l'amitié qui les avait liés, le récit qu'elle avait couché sur papier, de l'angoissante expérience qu'elle avait vécu des années auparavant, à Bly, dans le Hampshire.

Mais qui est-elle ?

"[...] La plus jeune des filles d'un pauvre pasteur de campagne, devant prendre pour la première fois, à l'âge de vingt ans, son service dans une salle de classe, était montée à Londres pleine d'émoi pour répondre à une annonce, à la suite de laquelle elle était déjà entrée en correspondance avec l'annonceur. Afin d'affronter son jugement, elle se présenta dans une maison de Harley Street qui l'impressionna par sa taille et son aspect imposant, et son patron en puissance se révéla être un gentleman, un célibataire dans la force de l'âge, un personnage tel que n'en avait jamais rencontré, sauf en rêve ou dans un roman démodé, une jeune fille troublée et inquiète sortie tout droit de son presbytère du Hampshire."

Mais qui sont les enfants dont elle doit s'occuper ?

"Ses parents [au monsieur de Harley Street] étaient morts aux Indes, le laissant tuteur d'un jeune neveu et d'une jeune nièce, les enfants d'un frère puîné, un militaire, qu'il avait perdu deux ans auparavant. Par le plus étrange des hasards, pour un homme dans sa situation, seul, sans aucune expérience dans ce domaine et sans une once de patience, ces enfants représentaient un très lourd fardeau. Il en était résulté pour lui beaucoup de soucis et, de sa part, de nombreuses maladresses, mais il avait pris ces gosses en immense pitié et avait fait pour eux tout ce qu'il pouvait."

Cependant, lorsque son futur patron lui présente l'offre d'emploi, il insiste pour ne pas être dérangé ... quoi qu'il arrive. En effet, voici comment est énoncée par le narrateur la condition principale de cet emploi

"Qu'elle ne devrait jamais le déranger - jamais, jamais ; ni faire appel à lui, ni se plaindre, ni lui écrire à propos de quoi que ce soit ; qu'elle devrait résoudre elle-même tous ses problèmes, recevoir directement l'argent de son notaire, prendre tout en charge et le laisser tranquille."


Arrivant à Bly, dans la maison de campagne du Hampshire, elle y rencontre Mrs Groove, l'intendante, ainsi que ses nouveaux élèves : la petite Flora, et Miles, l'aîné. Ce qui la frappe lorsqu'elle rencontre ces deux enfants, c'est l'effet qu'ils produisent sur elle : elle est littéralement séduite, émerveillée, enchantée (pour reprendre les qualificatifs d'Henry James). Mais sont-ils vraiment des anges ? Sans parler de la demeure en elle-même, qui accentue le cadre proprement fantastique dans lequel cette jeune gouvernante est plongée : c'est une vieille demeure du Hampshire, avec tours et mâchicoulis, escaliers tortueux et grandes pièces sombres et désertes.
Pour que le tableau soit complet, il me faut mentionner Miss Jessel, la gouvernante précédente, mystérieusement décédée en rentrant chez elle, ainsi que Peter Quint, le domestique personnel du "monsieur de Harley Street" lorsqu'il habitait encore au manoir.

Tout est maintenant en place pour que se déroule devant nos yeux cette histoire effrayante.


Mais d'où vient le titre ?
Ah... Voilà une judicieuse question ! Je me la suis posée maintes fois avant d'avoir le livre en main. Cette expression est employée une fois dans le texte, au tout début du prologue

"Pour ce qui est du fantôme - ou Dieu sait quoi - de Griffin, je reconnais que le fait d'apparaître à un petit garçon d'un âge si tendre ajoute à l'histoire un accent particulier. Mais à ma connaissance, ce n'est pas la première fois qu'un enfant tombe sous le charme d'un événement de ce genre. Et si un enfant donne un tour d'écrou supplémentaire à l'effet produit, que dire alors de deux enfants ?"

Ce tour d'écrou, c'est Henry James qui le donne, avec nous et notre imagination en guise de vis ! Car l'étau se resserre, et l'angoisse monte jusqu'à la dernière ligne !


EDIT
La nouvelle datant de 1898, elle correspond tout juste aux critières du challenge "English Classics"  auquel je participe !

challenge-English-classics.jpg
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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 11:54
Voilà un livre que j'ai dévoré et adoré ! Quatrième roman de Conan Doyle mettant en scène le célèbre Sherlock Holmes et son complice le Dr Watson, cette vallée de la peur nous emmène du 221b Baker Street (Londres) au manoir de Birlstone, puis en Amérique (pour la seconde partie du récit). Mystères, rebondissements, on ne s'ennuie pas une seconde ! Et surtout, l'ombre du professeur Moriaty, l'ennemi juré de Holmes, commence à s'étendre.


Tout commence avec Sherlock Holmes qui reçoit un message de Porlock, un homme mystérieux qui a décidé d'informer le fameux détective sur les faits et gestes du professeur Moriaty, illustre scientifique mais à la tête de la plus grande organisation criminelle, bien que son intelligence le mette au dessus de tout soupçon (et surtout de toute preuve le mettant en cause). Le dernier message de Porlock annonce une tragédie au manoir de Birlstone. Quelques instants plus tard, l'inspecteur MacDonald vient annoncer à Sherlock l'assassinat du propriétaire du manoir en question et lui demander son aide. Dans cette première partie intitulée "La tragédie de Birlstone", Holmes mène l'enquête, en essayant de démêler les fils de cette complexe histoire. Puis dans une seconde partie "Les éclaireurs", l'intrigue nous emmène en Amérique, où nous lisons le récit de ce qui s'est passé des années plus tôt, et qui a conduit à la tragédie de Birlstone.


Ce roman regroupe tout ce que j'aime dans les aventures de Sherlock Holmes : on voit le détective à l'oeuvre, on continue à faire sa connaissance, on voit ses forces et ses faiblesses. Et puis il y a le talent de Conan Doyle à créer des personnages, des situations, des atmosphères.

Ainsi, cette ouverture qui n'est pas très flatteuse pour le caractère de Holmes :

"J'incline à penser..., commençai-je.
- Et moi donc ! " coupa brutalement Sherlock Holmes.
J'ai beau me compter parmi les mortels les plus indulgents de la terre, le sens ironique de cette interruption me fut désagréable.
"Réellement, Holmes, déclarai-je sévèrement, vous êtes parfois un peu agaçant ! "
Il était bien trop absorbé par ses propres réflexions pour honorer mon reproche d'une réplique.


Et puis on commence à entendre parler de Moriaty. Certes, il n'est pas beaucoup présent, mais on sent son ombre, le danger qui rôde. Voici comment il est présenté pour la première fois :

"Et ce géant, Watson, n'est pas seulement formidable, mais sinistre. Sinistre au plus haut point. Voilà pourquoi je m'occupe de lui. Vous m'avez entendu parler du professeur Moriaty ?
- Le célèbre criminel scientifique, qui est aussi connu des chevaliers d'industrie...
- Vous allez me faire rougir, Watson ! murmura Holmes d'un ton désapprobateur.
- J'allais dire : "qu'il est inconnu du grand public".
- Touché ! Nettement touché ! s'écria Holmes. Vous développez en ce moment une certaine veine d'humeur finaude, Watson, contre laquelle il faut que j'apprenne à me garder. Mais en traitant Moriaty de criminel, vous le diffamez aux yeux de la loi : et voilà le miraculeux ! Le plus grand intriguant de tous les temps, l'organisateur de tout le mal qui se trame et s'accomplit, l'esprit qui contrôle les bas-fonds de la société (un esprit qui aurait pu façonner à son gré la destinée des nations), tel est l'homme. "


Encore une petite citation, alors que l'inspecteur MacDonald vient d'annoncer à Holmes qu'un monsieur Douglas, de Birlstone Manor House, vient d'être "affreusement assassiné".

"C'était pour ce genre d'instants dramatiques que mon ami existait. Il serait excessif de dire qu'une information aussi extraordinaire le bouleversa ou même l'émut. Absolument dépourvu de cruauté, il s'était néanmoins endurci à force de vivre dans le sensationnel. Sur son visage je ne lus rien de l'horreur qui me secouait : j'y découvris plutôt l'expression calme et intéressée du chimiste qui voit d'une solution saturée à l'excès, les cristaux tomber en place." (début du chapitre II)

Eh oui, Sherlock Holmes vient de voir arriver la suite logique ! On l'a prévenu d'un meurtre, le meurtre a été accompli, et il peut continuer son travail. Les éléments se mettent en place, sa logique peut travailler sur les faits.

Et voici une autre facette de la personnalité de Holmes : il ne dévoile pas ses résultats au fur et à mesure, il a besoin de vérifier les faits, être sûr de la ligne logique des événements. Et il a un certain goût pour le sensationnel !

"Watson, dit-il, revient toujours sur un thème qui lui est cher : il déclare que dans la vie réelle je suis un dramaturge. Il y a en moi une certaine veine artistique qui me réclame avec insistance sur la scène. Notre profession, monsieur Mac, serait bien terne, bien sordide, si nous ne procédions pas de temps en temps à une savante mise en scène pour glorifier nos résultats. L'inculpation brutale, la main au collet, que peut-on faire d'un pareil dénouement ? Mais la subtile déduction, le piège malin, l'habile prévision des événements à venir, le triomphe vengeur des théories les plus hardies, tout cela n'est-il pas la fierté et la justification du travail de notre vie ? "


Voici donc un personnage qui me fascine de plus en plus, et des livres que je dévore avec plaisir !
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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 10:21
Aujourd'hui m'incombe la désagréable tâche de vous expliquer à quel point cette "suite officielle" m'a déçue. Je dis désagréable, car j'ai toujours l'impression, quand un livre m'a autant déplu, que j'ai manqué quelque chose...



Trêve de bavardages, il faut que je me lance.

J'ai acheté ce livre, parce que j'avais adoré Dracula, de Bram Stoker (1897). Intriguée par ce livre, je craignais un peu le coup marketing, mais étais quand même intéressée...

Avant tout, quelle est l'histoire ?
Après un prologue où l'auteur s'attache à résumer le roman de 1897 (je ne vois toujours pas l'intérêt littéraire), on se retrouve 25 ans après la fin du livre originel. Les héros d'antan sont éparpillés un peu partout, mais cette expérience avec les vampires les a complètement détruits : Jonathan est devenu alcoolique, Mina ne vieillit pas, Seward est obsédé par cette histoire... On rencontre Quincey Harker, le fils de Mina et Jonathan, jeune homme qui n'a pas envie de suivre la voie prévue par ses parents (les études à la Sorbonne) mais qui préfère largement le théâtre. Il est d'ailleurs complètement fasciné par le mystérieux Basarab, un acteur d'un talent fou, qu'il va rencontrer dans les péripéties de ce livre... En même temps, des meurtres monstrueux, sanglants ont lieu, de la France à l'Angleterre. Serait ce le comte qui serait de retour, lui qui est mort sous les yeux de Jonathan, Mina, Arthur Holmwood, le Dr Seward et le Pr Van Helsing ? Ou un autre monstre sanguinaire ?
Dans ce roman, on croise Bram Stoker, qui monte au théâtre son Dracula, ou encore un inspecteur Cotford qui enquête sur Jack l'Eventreur.


Et donc, je n'ai pas aimé. Certes, le coup marketing était très beau, mais ça s'arrête là. Ce pavé (mais pourquoi tant de longueur(s) ? ) ne brille ni par son originalité, ni par son style, ni par une quelconque construction des personnages (c'est bien beau de se dire "suite officielle", mais je n'ai retrouvé aucun des personnages de Bram Stoker tels que je les connaissais). Je trouve que ce roman manque cruellement de subtilité, tant dans le style que dans les événements. Autre chose qui m'a gênée, le côté très hâché du texte : j'aurais préféré plus de fluidité.

Certes, je brosse là un portrait bien sinistre, mais je n'arrive pas à voir ce qu'amène cette suite. Elle n'apporte rien à l'histoire originelle. Au contraire, elle bloque notre imagination en partant dans de systématiques explications tant au niveau de cette histoire, que celle écrite plus d'un siècle plus tôt par Bram Stoker (et qui est d'une qualité bien différente !).

Et je n'ai pas parlé des vampires ! Je ne comprends pas ce choix de relecture du personnage de Dracula, que je ne peux évoquer ici sans spoiler.

En conclusion, une grosse déception

Mon conseil, lisez Dracula, de Bram Stoker, le vrai, le seul, l'unique !!!
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 19:52
Avant de me mettre comme promis au récit de mon séjour à la découverte de Jane Austen et Sherlock Holmes, je voudrais vous parler d'un petit livre que j'ai lu ce matin et qui m'a énormément touchée. Il s'agit d'un roman d'Eliette Abécassis (c'est d'ailleurs le premier livre que je lis de cet auteur), intitulé La Répudiée (2000). C'est le récit d'un amour absolu. Un grand merci à Claire de m'avoir prêté ce texte.

Pour moi, ce n'est pas un roman, c'est un monologue de théâtre, un poème, une psalmodie. C'est envoûtant, pudique et sensuel à la fois.


De quoi ça parle ?

La voix du narrateur est celle de Rachel. Elle a 26 ans, est mariée à Nathan depuis 10 ans, et vit à Méa Shéarim, un quartier très traditionnaliste de Jérusalem.
Cet homme à qui elle est mariée, elle ne l'a pas choisi. Mais dès leur premier regard le jour de leur union, elle a su qu'il serait l'homme de sa vie, celui à qui elle était destinée.

Mais voilà, au bout de 10 ans de mariage, elle n'a toujours pas conçu d'enfant. Or, la loi hassidique donne le droit à l'époux de répudier sa femme, si elle est stérile, au bout de 10 ans. Car selon les croyances, l'amour ne compte pas, le mariage est fait pour avoir une descendance. Et c'est ce qui va la détruire...


Les premières pages ont été un peu difficiles car j'ai été surprise par le style, très marqué (un peu psalmodique). Mais je suis vite rentrée dedans.

Ce livre m'a révoltée et touchée.

Révoltée, car on sent la dictature de cette loi, qui condamne au malheur ces femmes qui n'ont pas de vraies libertés, aucune indépendance. On sent que leur manière de penser est totalement régie par cette loi, par leur éducation.

Touchée, car au bout de quelques pages, j'étais totalement entrée dans l'histoire, et je suivais les émotions et douleurs de cette jeune femme.

C'est un texte que j'avais envie de lire à haute voix, dont j'avais envie de faire résonner les mots.

Voici un extrait du premier chapitre, une sorte d'invitation à entendre le récit de Rachel :

"Nous habitons Jérusalem mais en fait nous n'y sommes pas. Nous sommes ailleurs. Nous ne sommes nulle part. Nous sommes à Méa Shéarim. Entre la vieille ville et la ville nouvelle, c'est un quartier aux maisons basses, aux cours entrelacées, entrées infinies, tunnels confidentiels, petites chambres, mansardes ou caves, balcons de fer forgé, intérieurs, extérieurs, enclaves secrètes. Entrez, venez parmi nous, vous verrez les Hassidim au pas pressé, dans les yechivas où l'on étudie la nuit, le jour, et encore la nuit. Entrez donc, voyez ces hommes aux papillotes, aux lévites et aux barbes noires. Entrez la tête couverte, mais entrez, car l'on ne cesse d'entrer ici, cour après cour, couloir après couloir, boutique et arrière-boutique, entrez donc, et vous sauterez de l'autre côté du miroir de ce pays que l'on ose nommer. Pourtant, nous sommes au coeur d'Israël, au centre de Jérusalem, près de la porte de Damas et du quartier arabe de la vieille ville. Alors entrez, et peut-être posséderez-vous l'avenir, comme nous, si vous rencontrez l'enthousiasme, et peut-être saurez-vous pourquoi le monde fut créé. Mais c'est un secret que ne peuvent connaître que ceux qui entrent, ensemble, sable et mer, dans cette vaste famille qu'est la nôtre. Entrez donc, et regardez : nous sommes tous les mêmes avec nos vêtements sombres, notre démarche empressée, et surtout nos yeux, étoiles fatiguées par des nuits et des nuits de veille."



Pour moi, l'histoire de cette femme est une tragédie antique.
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 13:20

Acheté à la gare de St Pancras avant de prendre mon Eurostar, sur les précieux conseils de Rolidiffy, je viens de découvrir le commissaire vénitien Guido Brunetti dans sa première enquête : Death at la Fenice (le livre a aussi été publié en France sous le titre Mort à la Fenice). Ce roman de Donna Leon, publié en 1992, est le premier d'une série dans laquelle je viens de plonger avec plaisir !

C'est un excellent roman policier, dont la qualité repose sur une intrigue bien menée, un environnement fascinant (le Venise hors touristes), un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée du commissaire, et surtout un style qui met bien en valeur l'analyse psychologique des personnages.

 

    donna-leon-1.jpg    mort---la-fenice.jpg


Tout commence à la Fenice, un des opéras de Venise, à la reprise du troisième acte de la Traviata de Verdi. Le public a regagné la salle, le silence se fait, l'orchestre est de retour, prêt pour le maestro. Mais celui se fait attendre... Que se passe-t-il ? Les minutes s'égrennent, et toujours pas de chef d'orchestre. Le malaise s'installe. C'est alors que le directeur apparaît sur scène, demande un docteur, et annonce que la fin de l'opéra sera dirigée par un autre chef d'orchestre. Et pour cause, on apprend peu après que le grand maestro Helmut Wellauer, un des plus grands chefs d'orchestre au monde, vient d'être assassiné dans sa loge pendant l'entr'acte, du poison dans son café. Le commissaire Brunetti est dépêché sur les lieux.

Quelques mots à propos du personnage principal. Guido Brunetti vit à Venise avec sa femme (issue d'une vieille famille noble de Venise), et ses enfants. Voici la première description du personnage, sous la plume de Donna Leon (chapitre 2), alors qu'il vient d'entrer sur la scène de crime :

"Still only a short distance into the room, Brunetti remained still and let his eyes roam, taking note of what he saw, uncertain about what any of it might come to mean, curious. He was a surprisingly neat man: tie carefully knotted, hair shorter than was the fashion; even his ears lay close to his head, as if reluctant to cause attention to themselves. His clothing marked him as Italian. The cadence of his speech announced his was Venitian. His eyes were all policeman."

Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est le style de Donna Leon : on ressent les doutes, les hésitations de Brunetti lorsqu'il doit annoncer le décès à des proches de la victime, ou lorsqu'il doit poser des questions délicates aux témoins. Face à lui, on ressent la réticence à parler, le dégoût, la colère, la réticence à se replonger dans le passé, ou encore l'antipathie ou la fascination que peuvent susciter certaines personnalités.
Voici un exemple, lorsque l'épouse du chef d'orchestre découvre la mort de son époux. Voici ce que pense Brunetti (chapitre 2):

"It seemed, in this moment, that he had spent his entire life doing this to people, telling them that someone they loved was dead or, worse, had been killed. His brother, Sergio, was an X-ray technician and had to wear a small metallic card pinned to his lapel that would turn a strange color if it was exposed to dangerous amounts of radiation. Had he worn a similar device, sensitive to grief or pain or death, it would have changed colour permanently long ago."

Et surtout, le roman ne s'arrête pas aux heures ouvrables de l'enquête ! Brunetti a une vie à côté de son travail, vie dans laquelle il ne peut se détacher de l'enquête, et des questions et doutes qu'elle pose. On rencontre Paola, l'épouse de Brunetti, sa belle-famille, qui vit dans un palazzo, ses enfants. D'ailleurs, j'ai adoré leur soirée Monopoly !!!


En conclusion : en tant que roman policier, un très bon cru !

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 21:46
Taggée par Cachou, je m'exécute avec plaisir et réponds ici à mon premier tag intitulé "Si c'était possible, bah alors..."

1) Si on vous proposait d'écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (et oui, tout le monde n'a pas un don pour la littérature)

Je choisirais Madame de la Fayette, pour son style sublime.



2) Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d'un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaine de pages... Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu'il s'appelle... Daniel Craig. Il a l'air chagrin. Il a une petite douleur à l'épaule, et est persuadé qu'un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ?

Pffffffff... Mais moi aussi j'ai mal partout à lire depuis si longtemps ! Je n'ai vraiment aucune envie de faire un massage dans un moment pareil ! Ne peut-il pas se rendre compte que ce n'est pas le bon moment ? Non mais vraiment ! Si c'était un vrai gentleman, il me proposerait alors de me faire un massage, pendant que je pourrais déguster les dernières pages de mon livre...


3) C'est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l'humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)

Je choisirai l'Encyclopédie Britannica (comment ça, la capsule est trop petite ?!). Parce que je ne pourrais vraiment pas choisir "Orgueil et Préjugés" et laisser "Jane Eyre", et en choisissant "Jane Eyre", abandonner Shakespeare, et même Homère ! Ce genre de choix est terrible, alors avec une encyclopédie, on a un aperçu de la culture de l'humanité, de sa richesse et de sa diversité, ce qui est à mes yeux le plus important !


4) Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?


Au calme, loin des bruits de la ville, avec la lumière de l'aube ou du crépuscule (qui ont des luminosités splendides), avec bien évidemment un bon livre, dans un fauteuil bien confortable, et un chocolat chaud velouté à portée de main...


5) Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?

Euh... Pourquoi ferai-je une telle chose ? Même les personnages les plus terribles, détestables, ennuyeux ont, dans les bons livres, raison d'être... C'est leur présence, leur intervention qui amène le héros à se surpasser, qui amène les personnages à se réunir, à agir et réagir... Sans Sauron, point de Communauté de l'Anneau. Sans Wickham, comment Darcy se rapprocherait-il des Bennet ?



6) Sauveriez-vous Voldemort, rien que pour avoir un 8e tome ?

Certainement pas ! Pour qu'il continue à tuer, massacrer et torturer les personnages que j'aime ? Il a déjà fait assez de misères dans 7 tomes. 7 est un bon chiffre !



7) Jusqu'où êtes-vous allé pour un livre ?


A faire passer mes lectures en priorité sur tout le reste !!! Lire toute la nuit, toute la journée sans sortir quand je suis dans un bouquin qui m'attrape et ne veut pas me laisser partir, me faire envoyer un livre de l'étranger, casser ma tirelire et faire des économies pour m'offrir de beaux ouvreages d'art...



8) Si vous pouviez retourner dans le passer rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos premières paroles (en dehors de Bonjour...) ?

Choisir un auteur... Un seul ? C'est trop duuuuuuuur !!!
...
Disons Charlotte Brontë, car "Jane Eyre" est mon roman préféré.
Et s'il y a quelque chose où je suis vraiment très, très mauvaise, c'est engager la conversation. Je ne saurais quoi dire ! Surtout que je serais très impressionnée j'imagine. Je lui dirais probablement : "Raconte moi une histoire..."


9) Decrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves


Ah... Une pièce remplie de bibliothèques en bois qui sentent bon la cire, pleines de livres du sol au plafond, dont de vieux ouvrages. Une cheminée dans laquelle crépite un feu de bois, près duquel se trouve un fauteuil. Ainsi installée, je pourrais profiter des lueurs du feu, de l'odeur qui s'en dégage, et du bruit des branches qui crépitent... Il me faudrait aussi des fenêtres pour profiter des lumières changeantes de la journée. Un petit bureau serait aussi le bienvenu, en bois foncé, comme la bibliothèque, qui me permettrait de prendre des notes, de travailler, de poser là les livres que je sélectionne... La bibliothèque de mes rêves, c'est un endroit où je pourrais me réfugier, où je serais bien.


10) Vous retournez dans le passé, en pleine Seconde Guerre Mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu'il arrête de cramer des bouquins ?

La première idée qui m'est venue est un livre tel que 1984 (même si je crois qu'il a été publié après 1945). Mais je doute que ce livre lui parle... J'essaierai de tester sur lui des livres qui pourraient l'amuser, le toucher, lui donner le plaisir de la lecture, qui le transforment en défenseur des livres... Alors je lui mettrai dans les mains Jane Austen !


A mon tour, je tague Emjy et Pando !


Les images sont extraites du film Harry Potter et la chambre des secrets.

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 17:23
En me promenant l'autre jour chez Pando, j'ai vu qu'elle parlait d'un challenge "English Classics". Ceux qui me connaissent déjà savent à quel point j'aime la littérature anglaise, qu'il s'agisse de Charlotte Brontë, Anne Brontë, Jane Austen, Arthur Conan Doyle, William Shakespeare, Elisabeth Gaskell et j'en passe !

Alors je suis allée enquêter ...

Le challenge "English Classics" a été lancé par Karine sur son blog Mon coin lecture.


De quoi s'agit-il ?
Lire (au minimum) deux romans classiques anglais (ou irlandais), écrits avant 1900. Le challenge s'achèvera le 31 décembre 2010 (oui, oui, 2010).

Ayant trouvé l'idée géniale (puisque ça doit être mon type de littérature préféré !!!) je m'y suis inscrite !

Bonne lecture !

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 10:30
Hier en fin d'après-midi, je suis allée me remonter le moral chez Boulinier...
Chez qui ?
Boulinier !
Il s'agit d'une librairie située boulevard Saint-Michel, dans le quartier latin, à Paris. Dans ce petit lieu où les bouquins - uniquement d'occasion - sont entassés dans le désordre, il faut farfouiller parmi les volumes pour trouver son bonheur. Conseil : ne jamais y aller avec une idée précise en tête !
Si vous êtes à la recherche d'un titre ou que vous voulez une librairie avec des volumes neufs, je vous recommande Gibert Joseph, à quelques pas. Gibert Joseph est un paradis pour les passionnés de littérature, mais un enfer pour le porte-monnaie, croyez-en mon expérience !!!
Mais si vous avez envie de vous perdre pendant un temps, et de faire de bonnes affaires, alors vous êtes au bon endroit. Par exemple, j'ai aujourd'hui acheté 6 bouquins pour 3€.

Je continue mon exploration de la littérature jeunesse, commencée il y a peu.


Dans le cadre de la lecture de groupe de l'Inn, j'ai acheté les deux premiers tomes de Quatre soeurs de Malika Ferdjoukh.

J'ai acheté Le Prince d'Omeyya d'Anthony von Eisen. C'est un livre que j'avais dû lire au collège, mais à l'époque, il était épuisé et je l'avais emprunté à la bibliothèque. Mais j'ai toujours eu envie de le relire ... voir si la magie va opérer de nouveau !

J'ai aussi choisi le premier tome de Golem d'Elvire, Lorris et Marie-Aude Murail. J'ai découvert cette dernière très récemment, et j'aime énormément ce qu'elle fait. Dès que je commence un de ses livres, je n'arrive plus à le lâcher avant de l'avoir fini...

Dans mon panier a aussi atterri Sorcier ! de Moka (auteur que je ne connais pas encore, mais dont j'ai entendu beaucoup de bien).

Enfin, Lettres d'amour de 0 à 10 de Susie Morgenstern, qui m'a été recommandé.

Bonne lecture !

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