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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 09:24

Les Roses de Somerset est une saga familiale et historique qui respecte la tradition du genre.

Les-roses-de-Somerset

Pour commencer, voici la quatrième de couverture:

Howbutker, Texas, 1916. A la mort de son père, la jeune Mary Toliver hérite de la plantation de coton des Toliver, l'une des familles fondatrices de Howbutker. La jeune femme devra-t-elle sacrifier son amour pour Percy Warwick, magnat de l'exploitation forestière, pour faire vivre le sol de ses ancêtres ? Confrontés aux trahisons, aux secrets et aux tragédies qui les entourent, renonceront-ils à ce qui aurait pu exister, non seulement pour eux, mais aussi pour les générations suivantes ?

 

Sur plusieurs générations, c’est une histoire de passions sous toutes leurs formes : passion pour une plantation, passion amoureuse, jalousie, haine, rancœur, sans oublier de nombreux retournements de situation, pour le meilleur mais aussi pour le pire. C’est un véritable page-turner, comme disent les Anglais : une fois commencé, impossible de le poser, car la curiosité du lecteur est entretenue au long des chapitres. Le texte est d’ailleurs bien construit (n’oublions pas que le roman mélange le récit de plusieurs générations) et fluide.

 

Le récit commence en 1985, alors que Mary Toliver, l’héroïne de ce roman, décide de changer son testament pour sauver sa petite-nièce de la malédiction qui pèse sur sa famille explique-t-elle, en lui refusant l’héritage de sa plantation de Somerset à laquelle Mary a voué – voire même sacrifié  – sa vie.  Mary est une superbe héroïne : forte, à l’esprit indépendant, opiniâtre.

 

Tout au long de cette fresque, c’est le destin des deux familles fondatrices de Howbutker, au Sud des Etats-Unis, qui se déroule sous nos yeux : les Toliver et leur plantation de coton, et les Warwick spécialisés dans l’exploitation du bois. Descendants d’ennemis jurés de l’autre côté de l’Atlantique, les deux familles décident d’enterrer la hache de guerre, et mettent en place un mode de communication qui donne son nom au roman : une rose rouge pour demander pardon, une rose blanche pour l’accorder.

 

C’est une jolie découverte que ce premier roman de Leila Meacham, certes classique, mais fort agréable à lire ! Merci aux éditions Charleston de m'avoir permis de le lire en avant-première !

 

 

Lu dans le cadre des Lectrices Charleston

Logo lectrice Charleston

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 13:18

Quasi un an sans article, vous auriez pu penser que j'avais abandonné l'écriture de chroniques culturelles. Mais non, j'étais juste ailleurs ! J'ai en effet été accueillie par Onirik (http://www.onirik.net/), un magazine en ligne fort sympathique, que je ne manque pas de vous recommander, évidemment !

 

banniere2011 onirik

 

Vous pouvez retrouver la liste de mes articles ici, si cela vous intéresse. D'ailleurs, je souhaitais partager avec vous quelques uns de mes coups de coeur de l'année passée, quelques découvertes qui m'ont marquées. Pour retrouver mon avis sur les ouvrages, il vous suffit de cliquer sur la couverture.

 

Roman français contemporain (mes deux coups de coeur !)

Au pays des kangourous     les sauvages

 

Littérature jeunesse

Les dolce tome 1

 

Témoignage

chroniques de la main courante

 

Rentrée littéraire

je vais passer pour un vieux con

 

Littérature anglaise

arton14979

 

"Dictionnaire" jeunesse thématique

en scène

 

Roman historique

rêve de marigny

 

Bien sûr, ceci n'est qu'un aperçu de ce que j'ai lu dans l'année, mais ce sont les livres qui m'ont le plus marquée (et sur lesquels j'ai écrit !)

 

Alors à bientôt ici et sur Onirik !


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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 10:44

Je viens de finir le tome 2 des enquêtes du commissaire Brunetti, Death in a strange country, de Donna Leon et c'est une série de romans policiers qui me plaît bien !

 

 

Donna Leon, Death in a strange country

 

Voici la présentation de l'éditeur  :

La police repêche, au petit matin, un cadavre flottant dans les eaux sales d’un canal de Venise. Tous les indices concluent à une agression crapuleuse, mais pour le commissaire Brunetti le mobile apparent est un peu trop simple. Et l’identité du mort est embarrassante : c’est un militaire américain de la base de Vicence.
Peu de temps après, un palazzo appartenant à un riche homme d’affaires milanais est cambriolé. Les deux affaires semblent apparemment sans rapport, et pourtant Brunetti s’obstine à en voir un, d’autant plus que dans son entourage on essaie fermement de le détourner de cette hypothèse.Et comme ci tout s’entrelace, à l’image du labyrinthe des canaux, Brunetti devra naviguer dans des eaux que ne trouble pas seulement la pollution, entre les colères de son supérieur irascible et sa trépidante vie de famille. En toile de fond, la cité des Doges avec son atmosphère délétère et sa magie envoûtante.

 

L'enquête est bien menée, et comme dans le tome précédent, le roman nous présente également le commissaire dans sa vie personnelle, avec son épouse, son quotidien, et ses deux enfants. Notamment cet extrait où Brunetti appelle sa femme, Paola, car complètement absorbé dans son enquête, il en oublie de la prévenir qu'il ne rentrera pas déjeuner :

 

In his office, he finally remembered to call Paola. He had forgotten to tell her that he wouldn't be home for lunch, but it was years since she was surprised or bothered by that. Instead of conversation, she read a book during the meal, unless the children were there. In fact, he had begun to suspect that she enjoyed her quiet lunches alone she taught at the  university for she never objected if he was delayed or kept from coming.

[...]

'I'm sorry about lunch, but I was making phone calls.'

'That's all right. I spent it with William Faulkner. Very interesting man.' Over the course of the years, they'd come to treat her lunchtime visitors as real guests, had evolved jokes about the table manners of Doctor Johnson (shocking), the conversation of Melville (scurrilous) , and the amount Jane Austen drank (stunning).

 

Ou encore ce passage quand il trouve sa fille Chiara est plongée dans Jane Eyre (et complètement passionnée et absorbée par ce qu'elle lit !) 

 

'What are you reading, Angel?'

'It's a book Mamma gave me. It's fabulous. It's about this governess who goes to work for a man, and they fall in love, but he's got this crazy wife locked up in the attic, so he can't marry her, even though they're really in love. I just got up to the part where there's a fire. I hope she burns up.'

'Who, Chiara?' he asked. 'The governess or the wife?'

'The wife, silly.'

'Why?'

'So Jane Eyre', she said, making a hash of the name, 'can marry Mister Rochester', to whose name she did equal violence.

He was about to ask another question, but she had gone back to the fire, so he went into the kitchen, where Paola was bent over the open door of the washing machine.

[...]

'I just had a literary discussion with our daughter', he said. 'She was explaining the plot of a great classic of English literature to me. I think it might be better for her if we forced her to watch the Brazilian soap operas on television. She's in there, rooting for the fire to kill Mrs Rochester.'

 

Ce roman m'a semblé plus sombre que le premier, avec une corruption de plus en plus présente et étouffante qui s'immisce partout. A qui faire confiance ? Et comment avancer alors que le chef de Brunetti, bureaucrate dont le seul objectif est de se faire bien voir par sa hiérarchie, lui donne des ordres contraires aux premiers résultats de l'enquête ?

 

Ce tome me donne encore plus envie de continuer (d'ailleurs, il vaut mieux les lire dans l'ordre, afin de mieux profiter de l'évolution des personnages, particulièrement Brunetti et sa famille).

Une excellente série policière !

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 19:53

Je viens de dévorer Le livre des choses perdues, de John Connolly et j'ai beaucoup aimé, même si l'atmosphère est sombre et souvent oppressante, d'autres passages sont décalés et amusants.


Le-livre-des-choses-perdues--Connolly.jpg

 

Et pourtant, j'ai eu du mal à le démarrer, ce livre ! J'ai même dû m'y reprendre à deux fois. Car le début n'est pas évident, je l'ai trouvé particulièrement triste. Voici les premières lignes :


Il était une fois - car c'est ainsi que toutes les histoires devraient débuter - un petit garçon qui avait perdu sa mère. 

A vrai dire, il avait commencé à la perdre voilà bien longtemps. La maladie qui la rongeait était une chose terrifiante et sournoise, un mal qui la dévorait de l'intérieur, consumant à petit feu sa lumière de sorte qu'au fil des jours ses yeux perdaient un peu de leur éclat et sa peau devenait un peu plus pâle. 

A mesure que sa mère lui était enlevée, morceau par morceau, le garçon devenait de plus en plus inquiet à l'idée de la perdre complètement. Il voulait qu'elle reste. Il n'avait ni frère ni soeur et, s'il aimait son père, il ne serait pas exagéré de dire qu'il aimait sa mère davantage encore. La perspective d'une vie sans elle était insoutenable.

David, le personage principal, a 12 ans et perd sa maman. Son père se remarie, et un petit frère nait bientôt. David voit d'un mauvais oeil ces deux personnes qui entrent dans sa vie, alors que le deuil de sa mère est si difficile pour lui. Ce début est juste et très touchant.

David fait également des malaises, desquels il sort désorienté. Son père l'emmène voir un psychiatre, mais cela ne l'empêche pas de voir dans ses rêves un Homme Biscornu, ou entendre sa mère l'appeler... Et c'est alors qu'à la poursuite de cette dernière, il va basculer dans une autre dimension. Là il y rencontre tout d'abord le Garde Forestier qui tiendra le rôle de son premier mentor (enfin c'est ainsi que je le vois !). Mais bien sûr, les méchants ne sont pas loin : des loups et des sires-loups tout à fait effrayants et bien sûr le Mal de cette histoire : l'Homme Biscornu. Ce méchant est probablement un des pires que j'ai croisé, même face à Voldemort ou Sauron. Il rassemble toutes les peurs de l'homme, et joue avec une manipulation incroyable sur ses faiblesses.

 

Ce roman nous offre également des réécritures de quelques contes réussies, du Petit Chaperon Rouge à Hansel & Gretel, en passant par mon préféré : Blanche-Neige et les Sept nains que j'ai trouvé hilarant ! En voici un extrait (chapitre 13) :

 

A vrai dire, il n'était pas sûr de savoir à quoi ressemblaient des chaînes métaphoriques. En réalité, il n'était pas sûr de comprendre le moindre mot de ce que racontaient les nains. Une seule chose était certaine : ils étaient sept. Ce qui semblait tout à fait logique.

 - Vous avez des noms ?

 - Des noms ? répéta le premier nain. Des noms ? Bien sûr, que nous avons des noms ! Je suis ...

Il s'autorisa une petite toux pour souligner son importance.

 - ... le Camarade n°1. Voici les Camarades n°2, 3, 4, 5, 6 et 8.

 - Où est passé le Camarade n°7 ?

Il y eut un silence gêné.

 - Nous ne parlons plus de l'ancien Camarade n°7, finit par répondre le Camarade n°1. Il a été officiellement purgé des archives du Parti.

 

Un autre personnage qui m'a plu est Roland, un chevalier qui est en quête d'un ami disparu, traité avec beaucoup de délicatesse.

 

Le livre des choses perdues est une sorte de roman d'apprentissage pour ce jeune garçon et m'a évoqué également Narnia, pour la quête contre le mal, et pour les créatures étranges - amies ou ennemies - que rencontre le héros.

 

Ce livre "jeunesse" m'a beaucoup plu, mais je déconseille cependant aux plus jeunes, car certains passages sont vraiment très sanglants et d'autres assez perturbants.

A tous les autres, je vous le recommande ! Et les réécritures des contes valent vraiment le détour !

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 12:16

Voilà presque deux mois que je me dis qu'il faut que je le finisse, ce livre, et que je l'écrive, cet article ! Car j'ai reçu Des nouvelles du Tibbar de Timothée Rey, dans la superbe opération Masse Critique, de Babelio, et je me devais d'écrire ce billet !!! D'ailleurs je remercie vivement Babelio et Les Moutons Electriques de m'avoir offert cet exemplaire, et m'excuse sincèrement auprès d'eux d'avoir mis autant de temps à donner mon avis.


Pour tout vous dire, chers lecteurs fidèles de mon blog, vous avez dû réaliser qu'il y avait très peu d'articles en ce moment, et surtout aucun livre. C'est que depuis deux mois, je n'arrive pas à me concentrer sur une page, et tous me tombent des mains (trop de fatigue, sans doute). J'ai ainsi lâché des ouvrages que je reprendrai sans aucun doute, du Chant de Noël de Dickens (qui était en train de me réconcilier avec cet auteur) à Fais moi peur de Malika Ferdjoukh (un de mes auteurs jeunesse préférés !). C'est donc dans cette période de marasme intellectuel pour moi que je me suis plongée dans ce livre Des nouvelles du Tibbar...

Quelques jours de vacances au grand air m'ont fait le plus grand bien, et me revoici !

 

des nouvelles du tibbar

 

Des nouvelles du Tibbar est donc un recueil de nouvelles, plus farfelues et amusantes les unes que les autres ! Pour s'en convaincre, il suffit de lire les titres de celles-ci : "Sur la route d'Ongle", "Mille et mille surgeons du foisonneur", "Le tronc, la grume et le fluent", "Magma mia !", etc. 

 

Tibbar 5

 

Du début du livre avec les cartes du Tibbar (voir un exemple ci-dessus !) à la fin (rendez-vous en annexe pour le "Calendrier & principales unités de mesure du Tibbar occidental"), ce livre de fantasy se caractérise par une immense créativité. Parodie, humour, illustrations très réussies, personnages inclassables, lire ce bouquin est un véritable voyage dans un autre univers !

 

Vous voulez un exemple ? Voici, pour vous, les premières lignes de la nouvelle "magma mia !"

" Ecoute, je te l'assure, Tuburt, certains efafnrs ont survécus, sans se faire ratatiner à la taille de lézards par les thaumaturges, durant la Guerre des Sorts.

- Ben tiens ! Et ils seraient où, tes efafnrs grand format ?

- Leurs ancêtres, quelques survivants, se sont réfugiés dans les fjords de la Côte d'Hiver, tout au nord de Nautal Bevva. De nos jours, il en subsiste peut-être quatre ou cinq colonies. Oh, ils sont prudents, et ne se montrent pas dans les régions habitées, plus au sud. Ils craignent toujours autant les mages de l'Ondouaile, n'empêche qu...

- Elucubrations burlesques, navrantes billevesées ! Norvalo, mon ami, tu te laisses mener par tes rêves, qui est le plus court chemin vers la ruine et la désillusion. [...]


Voici une petite sélection d'illustrations qui m'ont bien plues et qui vous donneront une idée de l'univers de ce recueil de nouvelles !

 

Extrait de l'illustration de "deux hougôlons dans le vent du soir", p.242

Tibbar 2

Illustration de "dans l'antre du Sanguinaire, p.66

Tibbar 4

 

Illustration de "ce qu'il advint des ravisseurs de la Tomate chantante" p.74

 

Tibbar 3

 

J'avoue que, n'étant pas du tout une habituée de ce type de littérature (fantasy), j'ai eu un peu de mal à entrer dans cet univers, si lointain de tout ce que je connais... Mais j'ai été séduite par l'humour, la folie, l'originalité et la créativité de ce livre. Amateurs du genre, foncez !

 

 

 

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 10:13

Cosmétique de l'ennemi, d'Amélie Nothomb, publié en 2001, est un roman brillamment construit qui réussit à manipuler le lecteur de manière très étonnante. C'est une expérience de lecture que je recommande !

 

cosmetique-de-l-ennemi-copie-1.jpg

 

Le roman s'ouvre sur cette accroche :

Cosmétique, l'homme se lissa les cheveux avec le plat de la main. Il fallait qu'il fut présentable afin de rencontrer sa victime dans les règles de l'art.

Pourquoi cosmétique ? Ca, vous le saurez si vous lisez ce roman !

 

La victime, c'est Jérôme Angust, coincé dans un aéroport à cause d'un retard d'une durée indéterminée de son avion. C'est donc là qu'il se fait aborder par celui qui va devenir son bourreau. Assis et tentant de lire, Jérôme Angust se fait aborder par un inconnu, sans raison... Il essaie de s'en débarrasser, comme quiconque le ferait !

- Je lis.

- Non, monsieur.

- Pardon ?

- Vous ne lisez pas. Peut-être croyez-vous être en train de lire. La lecture, ce n'est pas ça.

- Bon, écoutez, je n'ai aucune envie d'entendre de profondes considérations sur la lecture. Vous m'énervez. Même si je ne lisais pas, je ne voudrais pas vous parler.

- On voit tout de suite quand quelqu'un lit. Celui qui lit - qui lit vraiment - n'est pas là. Vous étiez là, monsieur.

 

Là, j'ai commencé à ressentir de la compassion pour ce pauvre monsieur Angust. Car il semble complètement enlisé et prisonnier du dialogue dans lequel l'inconnu l'attire. Inconnu, il ne le reste pas longtemps, car il se présente et se re-présente, et re-re-présente... oui, il est très lassant cet homme. Il sait maîtriser le langage et par les mots torture sa victime.

- Mon nom est Texel. Textor Texel.

- [...]

- Je suis hollandais.

 

Très vite, le lecteur tout comme Jérôme Angust a envie de trouver un moyen de le faire taire, mais aussi de comprendre pourquoi il s'en prend ainsi à un inconnu dans un aéroport...

- [...] Moi, ce que j'aime dans la vie, ce sont les nuisances autorisées. Elles sont d'autant plus amusantes que les victimes n'ont pas le droit de se défendre.

 

C'est ainsi que tout au long de ce roman, Textor Texel et Jérôme Angust vont s'affronter verbalement, le premier en obligeant le second à écouter le récit de sa vie, l'autre en tentant de s'en sortir.

Mais assez vite se pose la question : coïncidence ou coup monté ?

Et ce Textor Texel qui continue à être infernal et désagréable, monstrueusement immoral aussi, tout en disant des choses assez justes. J'aime particulièrement ce passage :

Je crois en l'ennemi. Les preuves de l'existence de Dieu sont faibles et byzantines, les preuves de son pouvoir sont plus maigres encore. Les preuves de l'existence de l'ennemi intérieur sont énormes et celles de son pouvoir sont écrasantes. Je crois en l'ennemi parce que, tous les jours et toutes les nuits, je le rencontre sur mon chemin. L'ennemi est celui qui, de l'intérieur, détruit ce qui en vaut la peine. Il est celui qui vous montre la décrépitude contenur en chaque réalité. Il est celui qui met en lumière votre bassesse et celle de vos amis. Il est celui qui, en un jour parfait, vous trouvera une excellente raison d'être torturé. Il est celui qui vous dégoûtera de vous-même.

 

Ce dialogue incroyable, cette joute verbale nous tient en haleine tout au long de ce court roman, intriguant ... et à lire d'une traite !!! 

 

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 22:38

Sarn, écrit par Mary Webb et publié en 1924, est un roman anglais inoubliable.

Sarn--Mary-Webb-jpg

 

Difficile de présenter ce roman, qui nous emmène dans la campagne anglaise, près de l'étang noir de Sarn, dans la famille Sarn. C'est Prue Sarn qui nous raconte l'histoire de sa famille : elle qui est est défigurée par un bec de lièvre et dont les croyances locales la considèrent de ce fait comme maudite. Elle nous raconte son frère Gédéon qu'elle admire, respecte et à qui elle jure obéissance à la mort de son père. Ce frère si courageux qui veut sortir sa famille de la pauvreté et pendant des années travaille et entraîne sa soeur dans travaux fatiguants qu'il pleuve ou qu'il neige, mais ce frère si implacable et si froid à la fois.

C'était un homme fort, ce qui parfois veut dire peu porté à la bonté; car pour être bon il faut souvent se détourner de son chemin. Aussi, quand on me parle de tel grand homme ou de tel autre, je me dis : "S'il a trouvé le temps de monter si haut, qui a été privé de joie pour sa gloire ? Sur combien de vieillards et d'enfants les roues de son coche ont-elles passé ? A quelles noces sa chanson a-t-elle manqué, et ses larmes, à quels affligés ?"

Millet-les-planteurs-de-pommes-de-terre.jpg

Elle nous raconte aussi l'amour que Jancis Beguildy éprouve pour son frère, frère qui refuse de l'épouser avant de s'être enrichi. Comment le père de Jancis, considéré comme un sorcier par tous, lui apprend à écrire et comment elle trouve son refuge au grenier où elle note ses pensées dans un carnet.

Elle nous raconte le quotidien du travail aux champs, le rythme des récoltes, le marché où il faut vendre les produits.

Jean-Francois_Millet--glaneuses.jpg

C'est l'histoire de la nature et des saisons qui passent. C'est la poésie des choses simples qui sont.

En vérité, il n'est pas un arbre ni un buisson, une fleurette ni un brin de mousse, une herbe douce ou amère, un oiseau sillonnant le ciel, un ver labourant le sol, il n'est pas un animal poursuivant sa pénible tâche qui ne soit pour nous une énigme insoluble. Nous ne savons ce qu'ils font, et ce grand univers qui nous paraît si paisible a l'immobilité de la toupie qui semble calme à cause de sa rapidité même. Mais pour quelle raison tourne-t-il, et que faisons-nous tous dans cette stabilité vertigineuse ? Nous l'ignorons.

C'est aussi une magnifique histoire d'amour. Voici ce qu'elle dit de la voix de l'homme qu'elle aime secrètement, Kester :

Sa voix avait toujours quelque chose de prodigieux. Le son de ses paroles semblait créer un monde tout neuf, détaché de notre monde. C'était comme une grande aubépine en fleur par une très chaude journée de juin ; elle vous offrait son ombre et vous étiez reposé. Et c'était aussi comme le feu tranquille d'un soir d'hiver, quand le sauvage Edric est lâché dans les bois, que les rideaux sont clos, les chandelles mouchées, et que le maître de la maison est revenu. "Qui est-ce ? " avait-il dit, et bien que ce ne fût là qu'une pensée fugitive et trois mots, je me sentais comme une fleur dans le soleil.

Et Prue est héroïne qui est d'un courage et d'une force rares. Car ce roman n'est pas juste une ode à la nature. Elle doit se battre face à son frère qui est implacable et ne voit que par l'objectif qu'il s'est fixé, même si cela implique des sacrifices pour sa soeur ou sa mère malade. Elle doit se battre contre tous ceux qui l'insultent. Se battre pour exister, pour avoir le droit d'aimer même si ce n'est pas en retour.

Elle nous raconte aussi la vie des ces villages, les cérémonies et fêtes qui s'y déroulent, des plus joyeuses aux plus révoltantes (pour Prue, en tout cas), comme ce combat d'un jeune taureau contre une meute de chiens.

Je voyais le petit taureau blanc, attaché à un anneau fixé au mur de l'arène qui formait un demi-cercle de pierre grise. Tout était enveloppé d'un beau soleil doré comme sont les abeilles dans leur gâteau de miel, et l'air bleu, l'eau brune, la prairie verte faisaient un ensemble si joli que je ne voulais pas croire que le sang pu couler par une si belle journée. Je me demande parfois si le temps était beau et clair sur le Golgotha quand Marie leva les yeux sur la croix, si un petit oiseau chantait et si les abeilles étaient affairées dans le trèfle. Oui, je crois que le temps était aussi limpide et aussi brillant que du verre, car aucune amertume ne manqua à cette coupe, et est-il rien de plsu amer que d'assister à la cruauté des hommes par un beau matin plein de grâce ?


Comment vous dire à quel point cette écriture m'a touchée... C'est un roman magnifique, hors du temps, d'une beauté incroyable.

constable.jpg

Voici les références des illustrations :

1. Millet, Des planteur de pommes de terre, 1862

2. Millet, Des glaneuses, 1857.

3. Constable, The white horse, 1819

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 11:44

Le fait du prince, d'Amélie Nothomb, est un court roman assez déconcertant publié en 2008.

le-fait-du-prince.jpg

Le texte commence ainsi :

- Si un invité meurt inopinément chez vous, ne prévenez surtout pas la police. Appelez un taxi et dites-lui de vous conduire à l'hôpital avec cet ami qui a un malaise. Le décès sera constaté en arrivant aux urgences et vous pourrez assurer, témoin à l'appui, que l'individu a trépassé en chemain. Moyennant quoi, on vous fichera la paix.

Ce conseil, adressé à un certain Baptiste Bordave, est le début d'une conversation en plein cocktail mondain. Assez étrange, n'est-ce pas ? Et le lendemain ...

Vers neuf heures du matin, comme je prenais une deuxième tasse de café, on sonna. A l'interphone, j'entendis la voix d'un inconnu :

- Ma voiture est en panne. Pourrais-je utiliser votre téléphone ?

Alors que cet inconnu entre chez Baptiste Bordave et compose un numéro, il s'effondre soudain. Mort. Alors qu'il est sur le point d'appeler les urgences, un doute s'insinue dans son esprit, et il se souvient alors de la conversation de la veille. Il appuie alors sur bis pour vérifier que l'homme appelait bien un garage, mais point de réponse. Il fouille dans les poches de l'inconnu et découvre que celui-ci est suédois, du nom de Olaf Sildur, habitant Versailles. Il part à la recherche de la voiture en panne et surprise, c'est une Jaguar en parfait état de marche. Mais voilà, après avoir fouillé et mis ses empreintes partout, il est trop tard pour appeler les secours, car alors comment expliquer qu'il n'a pas réagi immédiatement. Ca aurait l'air trop suspect... Et Baptiste Bordave décide de devenir Olaf Sildur. Car l'homme a les mêmes caractéristiques physiques. Alors il pourrait, lui, Baptiste B. se faire passer pour mort.

Arrivé à Versailles, il découvre que Olaf est propriétaire d'une immense villa. Il est accueilli par la femme de ce dernier, comme s'il était attendu comme un collègue d'Olaf. Baptiste B. (qui se fait maintenant appeler Olaf) ne la contredit pas.

A partir de là, Olaf s'installe dans cette villa, et passe son temps à boire du champagne en compagnie de la jeune épouse d'Olaf, à lire et à paresser.

 

Pourquoi cette attitude, pourrait-on se demander ? Pourquoi Baptiste B. ne ressent-il pas plus de doutes ou de scrupules à agir comme il le fait ? Voici ce que pense le personnage:

Je voulais vivre à grandes emjambées, m'exalter d'exister. Rien de tel que d'adopter l'identité d'un inconnu pour connaître l'ivresse du large.

Du personnage, on a quelques flashs de son enfance, comme ce passage que j'ai beaucoup apprécié (je le trouve très bien vu):

En vérité, dans les musées, mon unique centre d'intérêt était le comportement de mes parents. Et leur commentaire invariable, au retour, en voiture : "Ca fatigue, ces expositions, mais on est contents que les enfants l'aient vue. Baptiste l'a trouvée magnifique." La culture repose sur un malentendu.

Bref, si les musées m'avaient simplement ennuyé, je ne les aurais pas détestés. Je n'ai rien contre l'ennui, mais s'ennuyer en se sentant obligé de manifester de l'intérêt, quelle plaie !

 

Dans l'ensemble, j'ai une impression mitigée, que j'ai du mal à exprimer... En fait, c'est un roman que j'ai lu d'une traite, il est très court, l'écriture est fluide. Mais en même temps, je suis sortie de ma lecture un peu décontenancée, avec un goût d'inachevé. En effet, j'ai trouvé que malgré sa brièveté, le roman avait quelques longueurs (notamment ces moments où les personnages se mettent à déguster leur champagne) - alors peut être que ces "longueurs" sont voulues pour montrer le côté vain de leur existence ... D'ailleurs, à la lecture, j'avais plus l'impression d'une nouvelle que d'un roman (je suis sûre que d'un point de vue littéraire, ce que je dis n'a aucun sens  mais j'espère que vous comprenez ce que je veux dire  ). Finalement, j'ai trouvé que nous restions en surface de tout : on ne connaît rien sur Siegrid (l'épouse d'Olaf, dont le nom est donné par Baptiste), pas grand chose sur le personnage principal, encore moins sur l'homme à qui il prend son identité, etc. Je suppose que si l'auteur n'insiste pas là dessus (finalement on ne sait pas si l'homme meurt ou est assassiné, s'il connaissait Baptiste, quel était vraiment son métier, etc.) c'est qu'elle veut nous dire que ce n'est pas là dessus qu'il faut fixer son attention. Mais tout de même, j'ai l'impression que rien n'est vraiment fouillé.

Finalement, ce que j'ai apprécié dans le roman ce sont les fils de réflexion : qu'est ce qui constitue l'identité ? qu'est ce qu'un nom ? En effet, Baptiste Bordave commence par prendre l'identité (et une partie de la vie) de Olaf Sidur. Puis il "baptise" la femme de ce dernier (mais est-elle vraiment sa femme ?) du nom de Sigrid (on ne connaîtra d'ailleurs jamais son vrai prénom), comme si c'était une sorte de renaissance pour elle (qui semble ne rien n'avoir dans la vie en dehors de cet appartement et de son mari). Ce roman est finalement le fantasme du personnage de recommencer sa vie à zéro.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 21:46

Le Louvre pour les Nuls de Daniel Soulié est un ouvrage indispensable pour tout néophyte qui comme moi apprécie se balader dans les musées - et dans ce cas précis au Louvre - mais qui aimerait bien en savoir un peu plus de temps en temps !!! J'en profite pour remercier vivement la Masse Critique de Babelio et First Editions de m'avoir mis ce livre dans les mains, car il en vaut vraiment le coup !


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Mais pourquoi un livre sur le Louvre, me demanderez-vous ? Parce que le Louvre, ce n'est pas seulement le fameux sourire énigmatique de Mona Lisa, ou ah oui, le plus grand musée du monde [dit d'un air blasé !], mais c'est aussi Belphégor, le Louvre-Lens, Jacques-Louis David, la pyramide inversée, l'école du Louvre, un lieu médiéval, 8,5 millions de visiteurs, la victoire de Samothrace, 470 000 oeuvres, un département des Arts de l'Islam qui rouvrira en 2012, un incroyable mélange de styles architecturaux, etc, etc, etc.


Si vous voulez en savoir plus sur tous ces points et bien plus encore, c'est dans ce livre ! Et c'est ça que j'ai particulièrement apprécié. Ce n'est pas un guide de plus, mais un ouvrage très bien structuré, écrit par un spécialiste du Louvre (l'auteur, Daniel Soulié, archéologue et historien d'art, travaille non seulement au Louvre depuis 1988, mais il a déjà publié plusieurs ouvrages sur le Louvre : c'est dire qu'il connaît bien son sujet, et qu'il l'aime !), où chacun y trouve son compte comme vous allez pouvoir le constater dans un instant !



Après une introduction où l'on nous dit qu'il ne faut pas paniquer devant la grosseur du bouquin ... Non, je plaisante, cette introduction est très utilepour se familiariser avec le découpage et permet au lecteur de se rendre directement au thème qui l'intéresse


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Après cette introduction, la première partie (dont voici la première page ci jointe - je ne peux pas résister au plaisir de vous faire découvrir ces superbes premières pages de parties que l'on doit à Marc Chalvin, que je trouve vraiment excellentes !) rappelle les principaux enjeux qu'un lieu comme le Louvre véhicule : le rôle historique qu'il a tenu, son positionnement par rapport aux Tuileries (merci, j'ai enfin retenu le lien entre les Tuileries et le Louvre !), la richesse du bâtiment d'un point de vue architectural (et notamment ses évolutions au cours des siècles, que l'on a après le plaisir de repérer quand on est sur le lieu) et dans quelle mesure on peut parler de "plus grand musée du monde" (un indice, considérer la fréquentation).


Puis les parties suivantes nous amènent dans un niveau de détail supérieur.


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La partie deux est, comme on peut le deviner par l'illustration (et le titre ^^) à l'histoire du lieu, de l'origine de son nom (eh oui, vous ne vous êtes jamais demandé d'où venait le mot "louvre" ?) à aujourd'hui.


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La troisième partie nous balade dans les collections du musée ce qui permet de voir les oeuvres et les ensembles de collections avec un autre regard (et à la fin de chaque chapitre, vous trouverez une liste des oeuvres à ne pas manquer). Sans oublier un chapitre sur le musée Eugène-Delacroix, qui est situé hors du Louvre, mais qui dépend du musée parisien (bien vu, les Nuls !)

 

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La partie suivante m'a bien intéressé (pour la petite histoire, mon mémoire de Master portait sur les musées nationaux français !) car il nous raconte ce qu'est le Louvre, concrètement, aujourd'hui, sa réalité globale non réduite à ce que l'on peut apercevoir en tant que simple visiteur : chiffres en tout genre (visiteurs, espaces, collections, salariés et j'en passe), mais aussi les métiers du Louvre, son rôle scientifique, sa mission pédagogique, ses projets en cours (Lens ou Abou Dabi entre autres) et à venir...

 

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Cette avant dernière partie intitulé "la partie des Dix" (tradition des guides pour les Nuls, semble-t-il) nous offre une vision du Louvre via des thèmes : personnages, événements, oeuvres ou lieux importants ou insolites.

 

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Enfin, quelques annexes bien utiles pour refixer les dates, bibliographie et index bien fournis (c'est aussi un bon moyen de retrouver une info) clôturent ce livre.

 

 

En conclusion, une mine de renseignements vraiment agréable à parcourir, avec en prime des titres parfois amusants, des premières pages de parties vraiment drôles et bien croquées par Chalvin, et des illustrations - couleur - de qualité.

 

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Published by Artemis - dans Lire - lire - lire
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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 21:45
Comme un roman n'est pas un roman, mais un livre absolument passionnant sur la lecture, la découverte de la lecture, l'envie de lire, mais aussi le droit de ne pas avoir envie de lire, le droit de ne pas aimer...

comme un roman

Je ne sais pas comment vous parler de ce livre, car je pense qu'il résonne différemment pour chacun. Alors voici des extraits pour, j'espère, vous mettre l'eau à la bouche 

Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il aime partager avec quelques autres : le verbe « aimer »… le verbe « rêver »…
(I, 1)


Ce livre parle de l'apprentissage de la lecture, de la révélation que c'est pour un enfant !
Il nous raconte aussi comment la lecture fait partie de nous dès notre petite enfance, avec nos parents qui, chaque soir, nous racontaient une histoire. Moment magique !

Quels pédagogues nous étions, quand nous n’avions pas le souci de la pédagogie !
(I, 5)


D'ailleurs, voici un beau passage sur la lecture du soir

A y repenser en ce début d’insomnie, ce rituel de la lecture, chaque soir, au pied de son lit, quand il était petit – heure fixe et gestes immuables – tenait un peu de la prière.
[…]
Oui, l’histoire lue chaque soir remplissait la plus belle fonction de la prière, la plus désintéressée, la moins spéculative, et qui ne concerne que les hommes : le pardon des offenses. On n’y confessait aucune faute, on n’y cherchait pas à s’octroyer une portion d’éternité, c’était un moment de communion, entre nous, l’absolution du texte, un retour vers le seul paradis qui vaille : l’intimité. Sans le savoir, nous découvrions une des fonctions essentielles du conte, et, plus vastement de l’art en général, qui est d’imposer une trêve au combat des hommes.
L’amour y gagnait une peau neuve.
C’était gratuit.
(I, 11)

Un livre, c’est un objet contondant et c’est un bloc d’éternité. C’est la matérialisation de l’ennui. C’est le livre. « Le livre ».
(I, 6)


Mais le livre peut être aussi objet d'étude, à l'école, et assimilé à un pavé imbuvable par des enfants qui ont perdu l'envie de lire, qui n'ont pas (re)découvert le plaisir de la lecture ...

Les enfants n'aiment plus lire, dit la société. Alors bien sûr, il faut trouver des coupables !

La faute à la télé ?
Le vingtième siècle trop « visuel » ? Le dix-neuvième trop descriptif ? Et pourquoi pas le dix-huitième trop rationnel, le dix-septième trop classique, le seizième trop renaissance, Pouchkine trop russe et Sophocle trop mort ?
(I, 13)


Et pourtant, il suffit parfois d'un professeur passionné pour redonner envie de lire... Le passage racontant les cours de Georges Perros est incroyable. Ses cours devaient être incroyables. En finissant ce chapitre, je n'avais qu'une envie, découvrir les livres dont il parlait !

Voici aussi un passage qui nous concerne, nous autres qui aimont offrir et recevoir des livres :

Aimer c’est, finalement, faire don de nos préférences à ceux que nous préférons. Et ces partages peuplent l’invisible citadelle de notre liberté. Nous sommes habités de livres et d’amis.
Quand un être cher nous donne un livre à lire, c’est lui que nous cherchons d’abord dans les lignes, ses goûts, les raisons qui l’ont poussé à nous flanquer ce bouquin entre les mains, les signes d’une fraternité. Puis, le texte nous emporte et nous oublions celui qui nous y a plongé […].
(II, 35)


Un autre passage qui parlera probablement à certains d'entre vous !(en tout cas, moi qui ai dû passer par là au cours de mes études, j'ai beaucoup aimé cet extrait !!!)

Parmi ceux « qui ne lisent pas », les mieux avisés sauront apprendre, comme nous, à parler autour : ils excelleront dans l’art inflationniste du commentaire (je lis dix lignes, je ponds dix pages), la pratique jivaro de la fiche (je parcours 400 pages, je les réduis à cinq), la pêche à la citation judicieuse (dans ces précis de culture congelée disponibles chez tous les marchands de réussite), ils sauront manier le scalpel de l’analyse linéaire et deviendront experts dans le savant cabotage entre les « morceaux choisis », qui mène sûrement au baccalauréat, à la licence, voire à la l’agrégation… mais pas nécessairement à l’amour du livre.
(40)


Finalement la lecture, n'est-ce pas comme l'amour ?

Le temps de lire est toujours du temps volé. (Tout comme le temps d’écrire, d’ailleurs, ou le temps d’aimer.)
Volé à quoi ?
Disons, au devoir de vivre.
[…]
La lecture ne relève pas de l’organisation du temps social, elle est, comme l’amour, une manière d’être.
(49)



Alors, que doit-on retenir ?

Les droits imprescriptibles du lecteur

1. le droit de ne pas lire

2. le droit de sauter des pages

3. le droit de ne pas finir un livre

4. le droit de relire

5. le droit de lire n’importe quoi

6. le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)

7. le droit de lire n’importe où

8. le droit de grapiller

9. le droit de lire à haute voix

10. le droit de nous taire



Un livre amusant, sérieux, touchant, donnant surtout une énorme envie de lire, et de lire "à sa manière" ! Incontournable !

Bravo monsieur Pennac !
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