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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 09:30

Ah, l'opéra Garnier, un des plus beaux opéras du monde, n'est-ce pas ?!

En avril 2009, j'ai suivi une visite guidée pendant laquelle j'avais consciencieusement pris des notes. J'y suis retournée début janvier avec des amies en visite libre cette fois, et ai emporté avec moi mon appareil photo. Voici donc une visite guidée !

Opera Garnier Paris

Après être arrivées face à cette merveille d'architecture, nous l'avons contourné par la gauche où se fait l'entrée des visites, pour mettre nos pas dans ceux des abonnés de ce théâtre au XIXe siècle.

Mais ne brûlons pas les étapes, et d'accompagner les fantômes des abonnés de la place de l'Opéra jusqu'au coeur du théâtre, quelques mots sur les origines de ce bâtiment. Son créateur est Charles Garnier.

Opera-de-Paris 6653

Il avait alors 35 ans. En dehors des qualités architecturales, techniques, pratiques des projets présentés, un des points importants considéré par le jury dans le choix de l'architecte de ce nouvel opéra, était la sécurité de l'empereur, et la manière dont elle pouvait être assurée dans le bâtiment.  Le projet de Garnier a été retenu parmi 171 propositions.
Garnier a choisi personnellement les peintres, sculpteurs et autres artistes et artisans travaillant à ériger ce palais des arts.

Revenons donc à la "Rotonde des abonnés" par laquelle nous commençons notre exploration du théâtre. A cette époque, les abonnés représentaient 80% des recettes. Ces abonnés étaient un public puissant, riche. Les abonnements étaient bien différents d'aujourd'hui ! En effet, ces abonnés assistaient à 3 spectacles par semaine, et ce à l'année. Ce public particulier était celui décidant de la vie politique, culturelle.
Dans sa manière de dessiner l'architecture de l'Opéra, Garnier veut que les abonnés découvrent ce palais un peu comme une fleur qui s'ouvrirait devant leurs yeux. Et pour débuter cette rotonde basse, mal éclairée, dégageant une ambiance de mystère.
rotonde des abonnés
C'est au centre de cette rotonde que l'on peut voir cette grille d'aération autour de laquelle courent des signes. En regardant avec attention, on peut y lire : "1861-1875 Jean Louis Charles Garnier" : les dates de construction ainsi que le nom de l'architecte.

Charles-Garnier-entree-copie-1.jpg

C'est sous cette sorte de coupole que notre guide nous en a dit un peu plus sur l'Opéra Garnier. En effet, ce théâtre a été créé comme une véritable industrie du spectacle : étaient à l'époque dans le bâtiment non seulement les artistes, corps de ballet, école du ballet, école de chant entre autres mais aussi les costumiers, une écurie, une armurerie, etc.
En 1989, le théâtre a été divisé. L'Opéra Bastille est plutôt le domaine de jeu des musiciens, tandis que l'Opéra Garnier reste le temple de la danse. Il existe d'ailleurs 13 salles de répétitions pour les danseurs sous les toits, ainsi que les ateliers de couture. D'ailleurs, il existe une petite rivalité entre les ateliers de Garnier et de Bastille, nous a confié la guide !!

 

Puis notre chemin se poursuit un peu pour arriver à une sorte de grotte, avec en son centre une fontaine, dont les jets d'eau (qui ne sont plus en fonctionnement) étaient dirigés vers le plafond, ce qui créait une impression de rideau. Derrière ce rideau était dissimulée une statue (qui est elle toujours présente) représentant la pythie, c'est-à-dire l'oracle d'Apollon. Il faut savoir qu'Apollon était entre autres le dieu des arts, et particulièrement de la musique lyrique.

Opera-de-Paris 6520

La pythie était celle qui interprétait les paroles divines, ce qui se faisait par l'intermédiaire d'une cérémonie : tout d'abord, elle devait inhaler des vapeurs qui se dégageaient (qui provenaient de source sous le temple de Delphes), jusqu'à la transe. C'est alors que son esprit s'ouvrait à Apollon. Dans cet état de transe, la pythie était alors dans un état d'extrême écoute, de nervosité, de sensualité.

Opera-de-Paris 6529
Cette grotte représente ainsi la face cachée du théâtre, avec ses amours, ses haines, ses jalousies, etc.
De plus cette image est renforcée par le rideau d'eau - le rideau étant ce qui cache, ce qui se trouve derrière le rideau étant la face cachée - , ainsi que par son emplacement dans le théâtre - niche cachée derrière le grand escalier.
Opera-de-Paris 6525
Dans toute cette zone de l'opéra que nous venons de voir, le décor est abondant, mais pas encore de couleurs, ni de dorures. Tout cela reste encore assez austère... Pourtant, on appelle cet opéra le "palais du marbre et de l'or" ! Mais patience, rappelez vous, le palais doit s'ouvrir au visiteur progressivement, comme une fleur ...
Opera-de-Paris 6533
On passe aussi devant des miroirs. Mais pourquoi des miroirs à cet endroit ? Parce que les abonnés doivent "s'arranger", rectifier leurs toilettes avant d'être visibles de tous. Car le tout Paris était là !
D'ailleurs, l'entrée du théâtre était très organisée et hiérarchisée. Tout d'abord les spectateurs aux places les moins chères, au "paradis", tout en haut de la salle : 3 heures avant. Puis petit à petit, réglementée par des heures précises se faisait l'entrée des différentes catégories, les derniers étant bien sûr les abonnés, entrant 30 minutes avant le spectacle, sous les yeux de la salle remplie. Tout Paris était là pour voir les abonnés défiler.
Opera-de-Paris 6521
Puis on arrive au grand escalier, la fierté de son architecte, Garnier. D'après ce qu'on nous a expliqué, il lui tenait particulièrement à cœur. Il conçoit cet escalier tout en lignes sinueuses, en courbes. Garnier tenait aux couleurs de celui-ci. Il est en effet splendide.

 

Garnier s'imaginait les femmes qui allaient défiler là, avec leurs robes aux couleurs chatoyantes et différentes les unes des autres, il s'imaginait les fleurs disposées autour d'elles. Il a voulu créer une véritable symphonie de couleurs pour cet escalier.
Garnier savait exactement quelles couleurs il voulait pour cet escalier, mais les marbres ne se trouvaient pas en France. Il fait ainsi une sorte de tour du monde pour sélectionner les marbres qu'il souhaite, faisant venir des marbres d'Italie, de Suède, et de nombreux autres pays. L'escalier compte ainsi 24 sortes de marbres, et l'opéra dans son ensemble 45 types de marbre différents.

Opera-de-Paris 6574
Les marches de l'escalier sont basses. Ce n'est pas un hasard : à cette époque, les femmes ne pouvaient pas montrer leurs chevilles, donc les marches ont été dessinées de manière à aider les dames de la société à respecter cette convention !

Dans l'opéra, Garnier cherche à inclure des petites allusions et des petites énigmes, ce qui était en vogue à l'époque. Il faut rappeler le contexte : l'enseignement du XIXe siècle incluait la maîtrise de la mythologie, la connaissance des arts, etc.
L'éclairage au gaz, et donc la lumière vacillante contribuaient à ce jeu de mystère.
Opera-de-Paris 6553
Une fois l'escalier monté, on continue notre progression vers le saint des saints, la salle, en passant sous un porche encadré par deux immenses statues, des caryatides. Celle de gauche porte un glaive et un masque (représentant le monde des apparences, le théâtre), celle de droite une lyre (représentant la musique). On peut aussi observer un petit bateau, symbole de la ville de Paris.

La société de l'époque a trouvé que ces statues étaient très insultantes pour les dames de la haute société, à cause de leur posture. En effet, seules les filles de joie se tenaient ainsi. De plus il s'agit ici d'un opéra lyrique (considéré comme supérieur à un opéra comique par exemple, qui était pour des classes inférieures).
Garnier a dû répondre dans la presse pour se défendre contre ces critiques. Il a souligné qu'il s'agissait de créatures imaginaires peuplant un palais de contes de fées, et non pas une représentation de personnes réelles !

Enfin nous pénétrons dans la salle de spectacle.

Opera-de-Paris 6584
Cette scène est en pente. D'ailleurs tous les concours de danse se passent traditionnellement ici.
A l'opposé, la scène de Bastille n'est pas en pente. Le recouvrement du sol n'est pas le même. La guide nous a confié que même s'il permettait aux danseurs de sauter plus haut, il était finalement moins bien et faisait plus mal aux jambes.

Opera-de-Paris 6587

Aujourd'hui, grâce aux techniques et technologies modernes, les ingénieurs peuvent désormais régler l'acoustique dans une salle telle que Bastille.

A Garnier, "vieille" salle, l'acoustique est due avant tout à sa construction. Ici, plus le son monte, plus il gagne en pureté.
Sur scène, si quelqu'un chuchote, on l'entendra dans la salle. Mais il faut crier pour se faire entendre de la salle sur scène !

Cette scène de Garnier est de type "à l'italienne" : en effet, elle est construite sur un principe de double pente (non seulement la scène est en pente, mais la salle - le parterre - aussi). Un autre élément nécessaire pour dire qu'une salle est à l'italienne est la présence de corbeilles. Ce sont d'ailleurs les meilleures places, paraît-il !
Opera-de-Paris 6606
Parlons à présent du lustre, ce lustre qui tombe si dramatiquement sur le public dans le Fantôme de l'Opéra de Leroux.

Opera-de-Paris 6581

Ce lustre fait 8 tonnes. Une fois par an, il est descendu pour être nettoyé. A l'époque, c'était plutôt le contraire : on remontait le lustre (en effet, une partie du plafond, au centre, s'ouvrait).
A l'époque, le lustre restait donc toujours allumé (pendant l'entrée du public, mais aussi pendant les représentations, car il était impossible de l'éteindre, puis de le rallumer au moment du spectacle, puis de l'entracte, etc).

C'est la première fois dans l'histoire du Théâtre que des sièges sont tapissés de rouge. Dans les autres théâtres, on utilisait plutôt des couleurs froides, telles que le bleu, le vert, l'argent. A l'époque, il était fréquent que les théâtres brûlent. Or la superstition faisait qu'on évitait le rouge, couleur chaude rappelant le feu.

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D'ailleurs, pour rester dans le monde de la superstition au théâtre, peut-être que certains d'entre vous savent que sur scène, on ne peut pas prononcer le mot "corde", car ça porte malheur (on utilise des synonymes, comme drisse, fil, etc). Pourquoi ? Cela remonte aussi à cette époque : des marins étaient employés pour changer les décors, or ils utilisaient de nombreuses cordes pour cette manipulation (d'ailleurs on peut voir des noeuds de marin dans l'utilisation des cordes au théâtre). Et dans le monde de la mer, il porte malheur de prononcer le mot corde sur un bateau (d'ailleurs une corde s'appelle une "écoute" sur un bateau). La superstition a donc été ainsi transférée au monde du spectacle.

Les innovations au palais Garnier sont nombreuses, on le voit. C'est aussi le premier théâtre dont la charpente est métallique.
Il y a un rideau de fer qui permet de séparer scène et salle, en cas d'incendie.
A présent parlons du célèbre et controversé plafond.

 

Dans les années 1960, Malraux décide de changer le plafond. En effet, le précédent est très dégradé à cause de la fumée dégagé par l'éclairage au gaz et très abîmé suite aux nombreuses restaurations (faites avec les moyens de l'époque avant guerre, donc de qualité incertaine voire mauvaise). De plus, la fréquentation de l'opéra est assez basse dans cette période après guerre.

Le nouveau plafond est donc prêt en 1964. La curiosité et l'envie de voir ce nouveau plafond de Marc Chagall si controversé (pour pouvoir le critiquer ensuite à sa guise !) multiplie par 3 la fréquentation !!
Opera-de-Paris 6582
Cette gigantesque peinture de 240 m² s'inspire du lieu, des spectacles. Elle figure 14 scènes des opéras et ballets les plus célèbres, et représente 4 ans de travail. Marc Chagall offrira d'ailleurs son travail, afin de remercier la ville de Paris pour école des Beaux-Arts. Dans cette période du cubisme, fauvisme et autre surréalisme, ce peintre originaire de Biélorussie s'imprègne de ces mouvements caractérisés par une intensité des couleurs pour créer son style si personnel.

Tout en haut de la salle, on peut voir un décor en trompe l'oeil de balcon. Ce sont des places aveugles : on entend mais on ne voit rien. Aujourd'hui cet étage est plus traditionnellement occupé la régie. C'est ce qu'on appelait le paradis : le son s'embellit en montant, là-haut il est plus pur, plus beau, on est au paradis car on entend les anges chanter ...

A l'opposé en termes de catégories de places et de hiérarchie sociale, l'empereur et l'impératrice avaient chacun leur loge : celle de l'empereur à gauche de la scène (quand on regarde la scène de la salle), et celle de l'impératrice à droite.
En présence de l'empereur, le prix d'une représentation pouvait être multiplié par 4.

Concernant les 1e loges, les séparations entre les loges se démontent. C'est là qu'aujourd'hui pourraient être accueillies des délégations.
Pour revenir à l'empereur, sa loge, comme celle d'autres personnages de la haute société, comprenait un arrière-salon, aménagé avec des sofas. Une loge était en effet constituée de 2 parties : la partie avant, donnant vue sur la scène, et un arrière salon. Les femmes au XIXe siècle ne pouvaient d'ailleurs pas quitter leurs loges au moment de l'entracte, mais elles recevaient des visiteurs, d'où la présence d'arrière-salons. Il était ainsi habituel que les abonnés apportent des meubles personnels pour l'aménagement de leur arrière-salon.
Ces arrière-salons étaient un des éléments obligatoires pour les candidats lors du concours pour la construction de l'opéra (avec d'autres éléments comme une entrée des artistes, etc).

Puis nous sommes sortis de la salle (avec l'envie d'y revenir voir un ballet pour moi !!! )...

Opera-de-Paris 6616

Pour finir la visite (il était déjà quasi l'heure de la fermeture de l'Opéra car il y avait une représentation en début d'après-midi - je n'avais pas du tout vu le temps passer, et je serais bien rester encore plus longtemps ... on se sent tellement bien à l'Opéra !!! ) nous avons visité les foyers.


L'Opéra Garnier en compte deux. Généralement, le petit foyer, pour les classes inférieures, est situé au dessus du grand. Ici, il n'y avait plus de place disponible au-dessus du grand foyer, alors Garnier les a construit au même niveau.

Le foyer est une sorte de promenoir, de couloir. A l'époque, les théâtres étaient non chauffés, et le foyer comprenait deux cheminées à ses extrémités. Au début, le foyer n'est pas décoré, mais petit à petit il est transformé en galerie d'art car les personnes y passaient de plus en plus de temps.

A Garnier, le petit foyer est décoré en mosaïques, ce qui était très rare pour l'époque, car la mosaïque était alors très peu connue en France. Au plafond, mosaïque d'émaux, au sol, mosaïque de marbre. Si les couleurs du plafond ont l'air si vives, ce n'est pas dû à une quelconque restauration. En fait, lors du procédé de fabrication de l'émail, la cuisson intensifie les couleurs, et au cours du temps, ces couleurs n'ont pas bougé.

Le grand foyer est une autre merveille de ce monument.

Opera-de-Paris 6644

Le grand lustre est en bronze et en cristal. Les lustres ont été dessinés par Garnier lui-même. Les vases proviennent de la Manufacture Royale de Sèvres et ont été créés d'après des dessins de Garnier.

Le grand foyer comprend aussi de nombreuses peintures. Au plafond on peut voir la représentation de genres de la musique (mythologie, musique champêtre, tragique, scènes bibliques, etc). Quel que soit le sujet, il y a une rapport avec la musique et/ou la danse dans les diverses peintures de cette salle.
Au XIXe siècle, un instrument de musique symbolisait chaque pays. Cette symbolique est reprise dans des médaillons courant le long du mur droit du grand foyer (côté fenêtres). Ainsi le premier médaillon contient des castagnettes, ce qui représente l'Espagne, puis le tambour représentant la France, le violon l'Italie, l'orgue l'Allemagne, enfin la cornemuse la Grande-Bretagne.

Aux murs, des tapisseries venant de la Manufacture Royale des Gobelins.

Enfin, la dernière salle que nous visitons rapidement est la "rotonde du Glacier", sorte de restaurant où étaient vendues des glaces lors des entractes ou avant les représentations.

Puis nous sortons par l'entrée principale, celle par laquelle les spectateurs entrent aujourd'hui. Et nous sortons de ce palais de contes de fées, dans lequel nous avons pu rêver l'espace d'une visite ...

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commentaires

Diana 22/02/2017 00:02

Bonjour,
J'ai une question : quand vous écrivez "La guide nous a confié que même s'il permettait aux danseurs de sauter plus haut, il était finalement moins bien et faisait plus mal aux jambes.", vous parlez bien de l'Opéra Bastille ?
Sinon merci beaucoup pour cet article passionnant et bien écrit !

Diana 22/02/2017 00:02

Bonjour,
J'ai une question : quand vous écrivez "La guide nous a confié que même s'il permettait aux danseurs de sauter plus haut, il était finalement moins bien et faisait plus mal aux jambes.", vous parlez bien de l'Opéra Bastille ?
Sinon merci beaucoup pour cet article passionnant et bien écrit !

Jeanine GERMAIN 29/12/2013 18:09

8.000 m2 le marbre du sol du petit foyer !!!
enfin, c'est ce que j'ai lu
je ne pensais pas que l'Opéra était aussi vaste, compte tenu de toutes les autres salles et couloirs, escaliers, et le reste

Artemis 09/04/2014 11:47



Une coquille, probablement (je ne me souviens pas, la visite est trop ancienne !) que j'ai enlevée, je vous remercie de me l'avoir signalée. En revanche, le chiffre doit être en effet
considérable si l'on considère non seulement le sol, mais également les plafonds, et toutes les surfaces recouvertes de marbre (comme dans le grand escalier).



Mathilde 31/07/2013 17:02

Bonjour, merci beaucoup pour la visite, l'opéra est splendide. Je projette d'y aller incessamment sous peu. Je souhaiterai effectuer une visite libre... Mais a-t-on le droit de circuler comme nous
le voulons dans l'opéra ?
Peut-on se rapprocher de la fameuse loge n°5 ?

Isabelle 20/02/2012 10:47

Tout simplement magnifique... Bravo !!! :-)

Cela me donne envie d'y retourner, même si je l'ai déjà visité plusieurs fois. ;-)