Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 11:57
Premier Henry James que je lisais, cette nouvelle de 1898 est perturbante, inquiétante. L'auteur nous manipule avec une incroyable aisance tout au long de ces pages, laissant le mystère s'épaissir et le lecteur s'interroger...

tour-d-ecrou.JPGCouverture : tableau de John Singer Sargent, Les Enfants Pailleron, 1881


C'est l'histoire d'une jeune femme qui accepte
une situation de gouvernante dans une maison de la campagne anglaise, avec deux enfants orphelins à charge. Plusieurs années après les aventures qu'elle va rencontrer dans cette campagne, elle va être chargée de l'éducation d'une autre jeune fille ; c'est le frère de cette dernière qui est le narrateur. En effet, peu avant de mourir, elle lui confia, au nom de l'amitié qui les avait liés, le récit qu'elle avait couché sur papier, de l'angoissante expérience qu'elle avait vécu des années auparavant, à Bly, dans le Hampshire.

Mais qui est-elle ?

"[...] La plus jeune des filles d'un pauvre pasteur de campagne, devant prendre pour la première fois, à l'âge de vingt ans, son service dans une salle de classe, était montée à Londres pleine d'émoi pour répondre à une annonce, à la suite de laquelle elle était déjà entrée en correspondance avec l'annonceur. Afin d'affronter son jugement, elle se présenta dans une maison de Harley Street qui l'impressionna par sa taille et son aspect imposant, et son patron en puissance se révéla être un gentleman, un célibataire dans la force de l'âge, un personnage tel que n'en avait jamais rencontré, sauf en rêve ou dans un roman démodé, une jeune fille troublée et inquiète sortie tout droit de son presbytère du Hampshire."

Mais qui sont les enfants dont elle doit s'occuper ?

"Ses parents [au monsieur de Harley Street] étaient morts aux Indes, le laissant tuteur d'un jeune neveu et d'une jeune nièce, les enfants d'un frère puîné, un militaire, qu'il avait perdu deux ans auparavant. Par le plus étrange des hasards, pour un homme dans sa situation, seul, sans aucune expérience dans ce domaine et sans une once de patience, ces enfants représentaient un très lourd fardeau. Il en était résulté pour lui beaucoup de soucis et, de sa part, de nombreuses maladresses, mais il avait pris ces gosses en immense pitié et avait fait pour eux tout ce qu'il pouvait."

Cependant, lorsque son futur patron lui présente l'offre d'emploi, il insiste pour ne pas être dérangé ... quoi qu'il arrive. En effet, voici comment est énoncée par le narrateur la condition principale de cet emploi

"Qu'elle ne devrait jamais le déranger - jamais, jamais ; ni faire appel à lui, ni se plaindre, ni lui écrire à propos de quoi que ce soit ; qu'elle devrait résoudre elle-même tous ses problèmes, recevoir directement l'argent de son notaire, prendre tout en charge et le laisser tranquille."


Arrivant à Bly, dans la maison de campagne du Hampshire, elle y rencontre Mrs Groove, l'intendante, ainsi que ses nouveaux élèves : la petite Flora, et Miles, l'aîné. Ce qui la frappe lorsqu'elle rencontre ces deux enfants, c'est l'effet qu'ils produisent sur elle : elle est littéralement séduite, émerveillée, enchantée (pour reprendre les qualificatifs d'Henry James). Mais sont-ils vraiment des anges ? Sans parler de la demeure en elle-même, qui accentue le cadre proprement fantastique dans lequel cette jeune gouvernante est plongée : c'est une vieille demeure du Hampshire, avec tours et mâchicoulis, escaliers tortueux et grandes pièces sombres et désertes.
Pour que le tableau soit complet, il me faut mentionner Miss Jessel, la gouvernante précédente, mystérieusement décédée en rentrant chez elle, ainsi que Peter Quint, le domestique personnel du "monsieur de Harley Street" lorsqu'il habitait encore au manoir.

Tout est maintenant en place pour que se déroule devant nos yeux cette histoire effrayante.


Mais d'où vient le titre ?
Ah... Voilà une judicieuse question ! Je me la suis posée maintes fois avant d'avoir le livre en main. Cette expression est employée une fois dans le texte, au tout début du prologue

"Pour ce qui est du fantôme - ou Dieu sait quoi - de Griffin, je reconnais que le fait d'apparaître à un petit garçon d'un âge si tendre ajoute à l'histoire un accent particulier. Mais à ma connaissance, ce n'est pas la première fois qu'un enfant tombe sous le charme d'un événement de ce genre. Et si un enfant donne un tour d'écrou supplémentaire à l'effet produit, que dire alors de deux enfants ?"

Ce tour d'écrou, c'est Henry James qui le donne, avec nous et notre imagination en guise de vis ! Car l'étau se resserre, et l'angoisse monte jusqu'à la dernière ligne !


EDIT
La nouvelle datant de 1898, elle correspond tout juste aux critières du challenge "English Classics"  auquel je participe !

challenge-English-classics.jpg

Partager cet article

Repost 0
Published by Artemis - dans Lire - lire - lire
commenter cet article

commentaires

trillian 17/12/2009 20:32


Je l'avais acheter ce livre, juste après avoir vu un épisode des experts dans lequel Grissom parle de ce roman, mais si je l'ai commencé je n'ai jamais eu l'envie de le finir, et pourtant je suis
curieuse, je suis sur que la fin et la chute rattrape la langueur du livre.


Artemis 17/12/2009 20:48


Euh ... pas si sûr !!! En même temps, le livre est assez court. Où t'étais tu arrêté ?


Cachou 17/12/2009 20:06


"Le Tour d'Ecrou" est le premier audiobook que j'ai écouté, comme je te l'ai dit. Ça remonte à plus de 12 ans, mais j'en garde une impression étrange, une sentiment d'angoisse grandissant. Je vais
attendre le téléfilm avec impatience en tout cas!


Artemis 17/12/2009 20:38


J'espère que le téléfilm sera à la hauteur ! C'est vrai que tout au long du livre, l'angoisse monte. Et lorsqu'on le referme, elle est toujours présente à son maximum et on continue à s'interroger
...


Chinchilla 15/12/2009 17:20


J'ai bien envie de le lire aussi, j'aime bien quand ça fait peur ^^


Artemis 15/12/2009 23:05


En fait, ce roman est d'une ambiguité absolument incroyable ... En tout cas, les extraits de la prochaine adaptation BBC de Noel (je les ai postés sur le topic d'Henry James) me font froid dans le
dos !


Anne Shirley 14/12/2009 17:46


Je l'ai lu cet été et il m'a vraiment fait une très forte impression ! J'avoue que j'ai regardé dans tous les coins de ma chambre avant d'éteindre la lumière !^^


Artemis 15/12/2009 12:29


Oh oui ! En plus, je l'ai lu en pleine nuit ... C'était très inquiétant !


Maribel 14/12/2009 16:15


C'est un auteur que j'aimerais bien découvrir! Il me semble avoir déjà noté ce livre.


Artemis 15/12/2009 12:28


N'hésite pas ! Surtout qu'il est vraiment très court !